Le thème de ces débats est “pour ou contre”, et pas “pensez-vous que”. La prise de parti radicale est volontaire pour opposer deux visions totalement différentes sur un thème large. Le débat est là pour ouvrir le questionnement, pas pour répondre à une question précise.

Role Playing Game, ou jeu de rôle dans notre cher langue, est un terme qui désigne… Qui désigne quoi au juste ? C’est un débat aussi vieux que le genre existe. Qu’est-ce qui définit réellement le jeu de rôle ? Quand on souhaite définir précisément quelque chose, on commence par s’intéresser à l’étymologie. C’est sur le mot “rôle” que Montaron et Etienne Navare vont se questionner aujourd’hui.

Un rôle est par définition ce que doit réciter un acteur, dans un film ou une pièce de théâtre. Par extension, le rôle désigne alors le personnage qu’interprète l’acteur. Se posent alors les questions suivantes : quelle part de l’acteur y a-t-il dans le personnage ? Comment l’acteur s’approprie-t-il le rôle pour le rendre efficace, cohérent au yeux du spectateur ? L’acteur se contente-t-il d’une histoire prédéfinie, d’un passé que lui transmet le scénariste afin de baser son rôle sur des faits déjà établis ? Ou est-ce que le métier de l’acteur ne serait-il pas justement de parvenir à donner vie à un personnage à partir du néant ? Alors, à votre avis, est-ce à l’acteur de se grimer en personnage, ou est-ce que le personnage hérite des traits de l’acteur ?

Vous me voyez venir, ces questions peuvent tout à fait être transposées au monde du RPG, et c’est l’objet du débat du jour ! Est-ce que le joueur doit s’approprier un personnage existant, ou est-il préférable que le joueur soit également conteur et crée son personnage de toutes pièces ? La parole est à vous !

Batman


Pour ou contre 001

POUR : Montaron

Si on considère que la pratique du RPG est de donner de la liberté, on peut en effet se poser la question de la liberté de créer son personnage. Or, si on regarde dans le paysage vidéoludique, on se rend compte que plusieurs jeux nous proposent une expérience avec un personnage imposé. Certains crieront au game design liberticide, à la mort du Saint RPG, à la flemme des développeurs et tant d’autres fléaux.

Mais je pense qu’il n’en est rien. En effet se voir restreindre la création de son personnage, que ce soit par un background fort en amont, une personnalité fixée et un physique défini aide à contextualiser le personnage dans l’univers où il évolue. C’est très chouette d’avoir un gros panel de races dans Skyrim mais qu’il soit orque ou argonien, le personnage a toujours une personnalité de l’épaisseur d’une tranche de carton mouillée.

Regardez maintenant du côté de Planescape ou de The Witcher, des jeux avec des protagonistes fixés. En sacrifiant l’éditeur de personnages, les développeurs ont réussi des campagnes taillées pour l’étoffe de leur héros, un magnifique écrin à la gloire de l’amnésique tatoué à la voix de camionneur et de notre sorceleur blazé préféré. Ici pas de répliques génériques, pas de réactions complétement bipolaires, parce qu’il faut que le panel soit large. Non, toutes les décisions sont justifiables au regard de ce qu’est le personnage et de ce que son expérience a fait de lui. Et pour moi, cela vaut bien plus que n’importe quel éditeur de personnages pour jouer à la poupée.


Pour ou contre 002

CONTRE : Etienne Navarre

Quand je joue à un RPG, j’aime avoir le choix : le choix de développer mon personnage selon mes envies, de résoudre les quêtes à ma façon, de parcourir l’univers à mon rythme et selon l’angle qui me plaît. Or, si dès le début de l’aventure, on ne me laisse même pas le choix d’interpréter le personnage que je veux, je me dis qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

D’autant que la création de personnages a toujours été pour moi une sorte de jeu dans le jeu : j’ai passé des heures à façonner mes héros sur Champions Online (des dizaines d’heures), Mass Effect ou Morrowind par exemple. Et quel plaisir de rentrer dans la peau de son avatar au fur et à mesure qu’il vient virtuellement au monde.

Quand on m’impose un personnage, je sens qu’on me tient un peu la main, qu’on m’ôte une partie de ma liberté. Alors, on pourra toujours me dire “oui mais il vaut mieux un personnage imposé avec une narration et un roleplay de qualité, qu’une création de personnage suivie d’un jeu linéaire et plat”. Que dalle : je veux les deux et je me refuse à partir du principe ridicule que l’un ne va pas sans l’autre. Je veux noircir les sourcils de mon avatar, choisir son sexe, sa race, sa classe, cogiter sur les bonus de telle classe et les malus de telle autre, sur les incompatibilités races-classes… Je veux partir du néant et accoucher d’un avatar ultime : celui que j’aurais choisi.

Le RPG commence ainsi : par la naissance d’un personnage qui n’est qu’une esquisse du héros que j’incarnerai.

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