Ash of Gods : Redemption

Un test publié sur le site Dagon's Lair par son auteur Dagon en 2019. Avec son aimable autorisation.

Le premier titre du studio russe AurumDust, le « jeu de rôle de stratégie sur rail » Ash of Gods : Redemption, présente des similitudes troublantes avec la série des Banner Saga. C’est un choix étrange, car imiter un jeu aussi original peut friser le plagiat. La promesse de thèmes matures, de profondeur philosophique et d’un univers particulier, issue de leur campagne de financement participatif, a-t-elle été respectée ?

Dès le trailer et au début du jeu, Ash of Gods : Redemption se distingue par sa ressemblance frappante avec la trilogie Banner Saga. Pire encore, Ash of Gods hérite également des défauts de son modèle. Malgré nos efforts pour trouver une explication, un moteur ou un lien donnant sens à cette imitation si évidente, nous restons bredouilles. Il est difficile de croire que ces jeux proviennent de deux entités différentes. Et oui, soyons lucides, si vous avez aimé ou détesté Banner Saga, il est très probable que vous ressentiez la même chose pour Ash of Gods : Redemption. Votre humble critique, le Bee Holder, est convaincu qu’une plainte pour plagiat, si elle était portée devant un tribunal, aboutirait à une condamnation sévère. Cependant, comme ce test n’est pas celui de Banner Saga, nous allons tenter d’adopter un regard neuf et d’éviter de le mentionner. Ce ne sera pas une tâche facile.

Il était une fois, dans un royaume lointain

Dans un pays qui évoque fortement le Tibet et le Bhoutan, un père de famille à la retraite de la milice se balade en ville avec sa fille. Ignorant tout, il ne sait pas que plus de 700 ans auparavant, une bataille avait opposé les hommes à des entités spirituelles démoniaques (ré)incarnées. Et l’heure de l’apocalypse est désormais arrivée. Le moment de fuir la ville est venu, et notre duo se retrouve sur les routes, échappant à une peste que seule une pierre magique peut contrer. Par la suite, un immortel captif dans un corps humain et un psychopathe tueur à gages couvert de tatouages vivront également leurs propres péripéties dans trois arcs narratifs entrelacés.

Il était une fois il y a bien longtemps  

Un bon point pour la diversité des personnages. Le potentiel pour développer une histoire captivante est bien présent. La thématique adulte est également au rendez-vous : meurtres, enfants décédés, sacrifices humains, intrigues…

À ce contexte dense s’ajoute une méta-intrigue difficile à digérer qui risque rapidement de vous endormir tout en vous perdant. On pourrait dire qu’il est parfois désagréable de plonger dans Ash of Gods comme si l’on commençait Le Seigneur des Anneaux par Les Deux Tours. Bien que les méta-intrigues soient un moyen traditionnel d’apporter de la profondeur à une œuvre littéraire en lui conférant un historique, elles doivent rester accessibles pour éviter de compliquer inutilement l’intrigue.

L’exode, c’est la galère

Toujours sur le fil du rasoir, Ash of God aborde le thème du sacrifice permanent : votre moralité fluctue entre faible et moyenne, et les ressources limitées en pierres magiques vous contraignent à sacrifier certains personnages pour en sauver d’autres. Les combats, bien que difficiles (sans être impossibles), requièrent une stratégie soignée.

Préparez-vous à adopter une approche un peu radine, ce qui va à l’encontre de l’évolution habituelle des jeux de rôle, mais qui semble être à la mode dernièrement avec Kingdom Come. Les combats se déroulent au tour par tour sur une grille, avec un système de tours semblable à celui du mode « deathmatch ». Cela signifie que même en étant en désavantage numérique (5 contre 1, par exemple), chaque camp joue alternativement, peu importe le nombre de personnages impliqués (un peu comme aux échecs), ce qui fait que le dernier adversaire en lice effectuera cinq tours s’il fait face à cinq personnages.

Cela nécessite de repenser certaines doctrines d’engagement au tour par tour, tout en étant fondamentalement irréaliste et mesquin : un puissant ennemi restant seul sur la carte vous éliminera beaucoup plus rapidement que s’il était accompagné de ses subordonnés. La pauvreté absolue des types d’adversaires (disons une dizaine d’unités) est quelque peu rédhibitoire. Sur le plan stratégique, les possibilités de buff sont intéressantes, et la ressource énergie limite votre champ d’action ; tout adversaire dépourvu d’énergie voit ses dégâts physiques doublés. Enfin, des cartes magiques servent de sorts déblocables après un certain nombre de tours, et peuvent influencer le cours de la bataille, tout comme quelques objets. La prise en main est rapide, tout comme la courbe d’apprentissage.

Une exploration sur rail

De bataille en bataille, vous progresserez sur des rails (je préfère utiliser le terme rail-RPG à celui de visual novel-RPG). En général, vous aurez le choix entre un et trois chemins sur la carte à chaque étape, mais vous finirez essentiellement par emprunter les mêmes goulets d’étranglement. Cela pourrait être une bonne idée, si les ressources limitées ne vous contraignaient pas à atteindre rapidement les destinations en prenant le chemin le plus court.

Des événements aléatoires un peu sombres surviennent de temps en temps, sans avoir de conséquences significatives sur l’histoire principale. Il est à noter que le système de sauvegarde automatique m’a vraiment empêché d’explorer l’arbre des choix possibles, et à moins de recommencer depuis le début, j’ai eu beaucoup de mal à évaluer l’impact des décisions sur l’intrigue. Je soupçonne que le poids de ces choix a été VRAIMENT exagéré.

Des bons points cependant

Ash of gods redemption 005

À noter, la musique très « orientalisante » est excellente, avec ses chants de gorge mongols et son ambiance plutôt sombre, presque occulte. On s’attache aux personnages typiques : esclaves sexuelles en fuite, tueur impitoyable découvrant une conscience fragile, père prêt à tout pour sa fille, alcoolique en peine de cœur et sage cynique et humaniste.

Tous semblent en quête d’une raison de continuer à vivre, aimer et se battre dans un monde qui plonge lentement dans la folie furieuse. Pendant une dizaine d’heures, vous partagerez leur fuite désespérée et le désir de découvrir comment tout cela se termine vous poussera à avancer bien davantage que les combats répétitifs et les dialogues.

Les dialogues sont assez dirigistes, au point que le jeux vous fait remarquer quand votre réponse aura un impact significatifs. Les PNJ ont des histoires intéressantes et des personnalités variées.

Je considère qu’Ash of Gods : Redemption est divertissant sans être innovant et j’apprécie l’intention de proposer une histoire mature et originale, même si cela s’inspire sans hésitation d’un autre jeu mature et original. Cependant, il doit faire face à la concurrence de la référence actuelle dans ce créneau du rail-rpg pour adultes : Blackguard 2. Mon avis : Patientez jusqu’à ce qu’il atteigne 10 € si l’expérience (d’une vingtaine d’heures) vous intéresse.

Graphismes & sons : 3/5
Interface de combat : 3,5/5
Scenario : 3/5
Fun/Jouabilité : 3/5

Note testeur 06 sur 10
Dagon
Dagon
Joueur de RPG occidentaux, fondateur et responsable du site Dagon's Lair depuis 1998.
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