Gestalt : Steam & Cinder

Note de l'auteur
7/10
Note RPG
5/10

Bien que cela devienne de plus en plus rare, sans doute parce que je m’informe davantage sur les sorties à venir, il m’arrive encore parfois de découvrir un jeu dont je n’avais jamais entendu parler. Vous savez, ce sentiment grisant qu’on ressentait dans les magasins de jeux vidéo, lorsqu’au détour d’un rayonnage, après avoir compulsé toutes les boîtes, on finissait par tomber sur ce jeu. Ce jeu à la jaquette énigmatique, au titre sibyllin, issu d’un studio inconnu qu’on n’avait alors jamais vu dans aucun de nos magazines préférés. Un ovni qu’on avait l’impression d’être le seul à posséder, lui conférant une aura quasi mystique. Pour ma part, ce jeu est protéiforme et pluriel. Il s’est incarné de nombreuses fois, dans des cartouches, des CD, mais aussi dans des clés dématérialisées. Il m’a offert à la fois mes plus belles surprises et mes plus grandes déceptions, mais il a toujours su allumer cette petite étincelle d’imaginaire, ce moment suspendu propre à la découverte, où tout semble encore possible. Alors, permettez-moi de vous parler de ma rencontre avec sa dernière incarnation : Gestalt : Steam & Cinder.

Défrichons ensemble les bases. Gestalt : Steam & Cinder est un metroïdvania dans ce que le genre peut offrir de plus classique. Bien qu’il emprunte quelques mécaniques à Hollow Knight, notamment dans la gestion des points de repères sur la carte, il reste fidèle à ses origines. Vous incarnez Aléthéia, une mercenaire aguerrie, un loup solitaire qui a visiblement enchaîné les missions difficiles, ce qui n’est pas sans rappeler une certaine Samus Aran. Vous débutez l’aventure armé d’un sabre et d’un pistolet, sans aucune compétence particulière, si ce n’est frapper, tirer, rouler et sauter. Le reste s’acquiert au fur et à mesure de l’aventure, à la suite d’interactions avec des PNJ ou en triomphant de combats contre des boss. Ces pouvoirs fraîchement maîtrisés vous permettront ensuite d’explorer de nouveaux pans du monde et de dévoiler un univers de plus en plus vaste. Après quelques heures de jeu, ce que vous pensiez n’être qu’un ensemble réduit de salles révèle un réseau labyrinthique tentaculaire, rempli de trésors à collecter et de secrets à élucider. En bref, c’est Metroïd. Sauf que…

L’ennemi invisible.

Gestalt : Steam & Cinder parvient à se démarquer de la concurrence en revisitant les éléments habituellement secondaires du genre. En choisissant de renforcer l’écriture, en approfondissant l’intrigue, le background des personnages, les dialogues avec les PNJ, ainsi que l’histoire de l’univers, Metamorphosis Games Studio ancre davantage son jeu dans le registre du RPG. Une hybridation des genres qui n’est pas au goût de tous, comme en témoignent les discussions parfois animées de la rubrique communautaire de Steam, mais qui aura su charmer d’autres joueurs dont je fais partie. Concrètement, l’alternance de rythme entre les phases d’exploration-plateforme, les combats de boss exigeants et les moments dédiés à la lecture de la trame et à l’échafaudage d’hypothèses sur l’histoire m’ont séduit. A aucun moment l’ennui n’a point durant les six à sept heures nécessaires à l’accomplissement de la trame principale du jeu.

 » Vous devrez naviguer entre la propagande d’État, les rumeurs et la vérité brute du conflit, à l’heure où les deux camps semblent chercher une issue à leur lutte ancestrale. »

En réalité, c’est tout le contraire. Je dois dire que cela faisait un bon moment désormais que je n’avais pas été confronté à un jeu avec un lore aussi riche et dense. Tellement dense qu’il m’était indispensable de prendre des notes pour être bien certain de comprendre les enjeux et de pouvoir m’y référer par la suite. Gestalt : Steam & Cinder a le sens du verbe. Il sait installer et approfondir les concepts clés dont il a besoin pour vous raconter son histoire. Le conte apocalyptique de la citadelle steampunk de Canaan, érigée comme le dernier refuge face aux hordes démoniaques qui la menacèrent autrefois. En retournant les pouvoirs des démons contre eux-même à l’aide d’armures techno-magiques, Canaan est parvenue à les repousser derrière une lourde porte scellée depuis des millénaires. Or, si Spiderman nous a bien appris quelque chose, c’est que de grands pouvoir impliquent de grandes responsabilités.

En effet, les porteurs des ces armures furent possédés par ces dernières, et commencèrent à décimer les populations civiles. Fort heureusement, un héros à l’armure dorée et à l’esprit plus endurci parvint à les repousser en dehors des terres de la citadelle d’Acier. Cet évènement conduisit à la séparation de l’humanité survivante en deux groupes opposés pour des raisons religieuses : les Canaaniens et les Exilés. Les Canaaniens, traditionalistes, veulent maintenir la porte fermée pour contenir le danger démoniaque, tandis que les Exilés désirent l’ouvrir pour profiter à nouveau des pouvoirs enfermés derrière elle. Après des siècles de combat à distance, chaque camp étant défendu par une armée mécanique, l’aventure prend place dans une ambiance de guerre froide où plus personne ne connait véritablement son ennemi. Vous devrez donc naviguer entre la propagande d’État, les rumeurs et la vérité brute du conflit, à l’heure où les deux camps semblent chercher une issue à leur lutte ancestrale.

A la croisée des mondes.

Mais la narration n’est pas le seul aspect qui dénote avec les standards habituels attendus d’un metroïdvania. Gestalt : Steam & Cinder entremêle les genres jusque dans le cœur de son gameplay. Certes, Aléthéia acquiert de nouvelles capacités clés, comme le double saut – avec une animation très stylée où elle tire vers le bas avec son pistolet – mais elle peut aussi accéder à de nouvelles mécaniques de combo. Chaque niveau d’expérience vous octroie un point à utiliser dans un arbre de compétences permettant de déverrouiller une petite amélioration de statistiques : pourcentage de dégâts à l’arme, de dégâts au pistolet, capacité à fracturer les armures, etc. A terme, en accumulant plusieurs points, vous pourrez rallonger vos phases de combos à l’attaque rapide, ou apprendre de nouvelles passes d’armes. Un système classique dans un RPG, mais beaucoup plus rare dans un metroïdvania.

Remplissant un rôle important sans pour autant mener à de véritables builds, cet arbre de compétences est soutenu par la présence de pièces d’équipement dont les bonus influencent le gameplay. Dotées de pourcentages significatifs sur une ou plusieurs statistiques, la ou les pièces d’équipement que vous équiperez, en fonction de votre avancée dans l’arbre, changeront considérablement votre approche du jeu. Soyons clairs, il serait trompeur d’affirmer qu’Aléthéia incarnera pleinement un rôle de Tank, de DPS mêlée ou distance. Cependant, il me semble tout aussi trompeur d’affirmer le contraire : les pièces d’équipement ont une réelle incidence sur votre prise de décision au moment d’affronter un boss, et vous serez amenés à modifier ces variables tout au long de l’aventure. Pensez donc à rendre une petite visite à l’armurier du centre-ville de temps à autre, il sera un allié de choix pour améliorer vos équipements ou vous en fabriquer de nouveaux.

En parlant de ce bon vieux Bram, ses options ne s’arrêtent pas là. C’est une erreur que j’ai commise et que je n’ai pu corriger qu’à la toute fin du jeu, alors que j’avais d’ores et déjà affronté le boss final. Gestalt : Steam & Cinder ne vous prendra jamais par la main. L’ergonomie n’est pas son fort et vous découvrirez sans doute avec frustration quelles étaient les possibilités offertes par certains PNJ et certains consommables. Bram, par exemple, peut améliorer le nombre d’utilisations de votre flasque de vie contre quelques ressources récoltées sur les mobs ou trouvées dans les coffres. Une information bien utile, mais qui m’interroge finalement sur la véritable difficulté du titre, n’ayant jamais obtenu les huit flasques disponibles au cours de l’aventure, et ayant triomphé de tout le contenu avec seulement deux d’entre elles. D’autre part, le jeu propose d’autres consommables qui ne m’auront jamais été utiles au cours de l’aventure…

Complétion infernale.

La conception du monde répond parfaitement aux codes propres aux metroïdvania. Vous traverserez une importante diversité de biomes, sans pour autant trahir le lore posé en préambule de l’exploration. Si Canaan est une cité d’Acier, elle repose sur les vestiges d’une civilisation bien plus vaste et technologiquement avancée. Il n’est donc pas incohérent de retrouver sous ses fondations un creuset hanté par d’anciennes machines, tout comme il semble tout à fait logique de traverser une zone où prospère la mafia sur ses abords désolés. Le tout est relié par une trame scénaristique tout aussi harmonieuse, qui paraît vraisemblable et n’est jamais artificielle. Chaque environnement se dévoile, se vit et se conclut comme les chapitres d’un livre que l’on tourne avec impatience.

Conçu comme une fuite en avant, le jeu évite les retours en arrière, mais il permet tout de même au joueur d’y revenir s’il le souhaite. Après quelques heures, vous débloquerez l’accès aux téléporteurs. Une fois découverts, ces derniers vous permettront de rejoindre à tout moment une zone déjà visitée afin de continuer à en explorer les moindres détails. Leur seul véritable intérêt réside dans la complétion du jeu à 100 %, puisqu’il vous faudra retrouver tous les corgis et tous les trésors dissimulés dans les différents tableaux du jeu. Gestalt : Steam & Cinder vous proposera aussi quelques succès de mercenariat très basiques : il s’agit ni plus, ni moins que de quêtes Fedex du genre « Tuez 50 mobs dans telle zone ». Les succès restent accessibles malgré une erreur notable liée au dévoilement complet de la carte. Cela peut se révéler extrêmement frustrant si vous souhaitez parachever votre aventure en obtenant le précieux sésame.

En effet, la carte du monde est très peu lisible et son pourcentage de révélation est aussi bien lié aux environnements extérieurs qu’aux environnements intérieurs. Ainsi, débloquer le succès associé « Cartographe » peut rapidement tourner à l’enfer si vous n’avez pas consciencieusement exploré tous les bâtiments à votre portée. Si jamais vous êtes bloqué, pensez à bien vérifier que vous avez visité entièrement les chambres d’hôtel disponibles dans le bar de Vincent. Beaucoup de joueurs, dont je fais partie, semblent oublier une pièce et cela suffit à valider l’achievement. A défaut, les discussions de la communauté sont une vraie mine d’informations utiles.

Après la pluie, le beau temps ?

Point épineux qu’il me faut cependant aborder sans rien en dévoiler : la fin du jeu suscite de nombreux débats dans la communauté de Gestalt : Steam & Cinder. La majorité des joueurs saluent un travail soigné et agréable tout au long de l’aventure, mais regrettent l’absurdité de la conclusion offerte à ce titre qui, à leurs yeux, méritait mieux. Un constat que je partage et sur lequel je m’interroge tant la narration était impeccable et captivante de bout en bout. Pourquoi avoir choisi de clore une épopée faisant la part belle à Aléthéia, un personnage féminin fort, audacieux et indépendant, par un final si grossier et mélodramatique ?

Toutefois, aussi malvenue et décevante soit elle, la clôture du titre semble appeler une suite dans sa scène post-générique. Il ne me semble en tout cas pas impossible que le studio ambitionne, selon les résultats financiers apportés par les ventes, de prolonger l’aventure par un DLC ou un nouvel opus dans quelque temps. J’ai bon espoir que les retours des joueurs et des testeurs puissent orienter le développement de cette potentialité pour redorer le blason d’un jeu qui avait tout pour réussir. Affaire à suivre !

Gestalt : Steam & Cinder avait tout pour être aimé. Une histoire dense, captivante et très bien racontée, des graphismes au pixel art impeccable, des combats de boss exigeants juste ce qu’il faut, et un art de la mise en scène qui fait de chaque tableau un véritable spectacle. Malheureusement, au moment de quitter la scène pour éteindre les projecteurs, il se prend les pieds dans le rideau et s’étale magistralement, emportant avec lui tous les artifices qu’il avait patiemment mis en place. Souhaitons-lui de remonter sur les planches prochainement pour nous offrir un final digne de son talent.

POUR

  • Pixel art très propre.
  • Combats de boss exigeants et spectaculaires.
  • Histoire intéressante et bien écrite.
  • Hybride agréable entre metroïdvania et RPG.
  • Arbre de compétence qui oriente le gameplay.
  • Défis pour les complétionnistes (trésors, chiens à retrouver).
  • Quêtes secondaires – même si oubliables.

CONTRE

  • Pas de partage de la sauvegarde entre PC et Steam Deck à la date du test.
  • Ergonomie douteuse du jeu : peu d’indication sur les possibilités offertes par les PNJ et les consommables.
  • Consommables inutiles.
  • Carte du monde lisible mais manque de détails.
  • Pas la possibilité de comparer les équipements avant échange.
  • Fin du jeu bâclée.
Note testeur 07 sur 10
Note RPG 3 sur 5

Furvent
Furventhttps://memorycard.fr/
Rédacteur et traducteur à mes heures perdues. Amoureux de RPG depuis toujours. Amateur de belles histoires. Chasseur de succès en quête du sacro-saint gold.

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L'archiviste

Merci Furvent pour ce retour d’expérience. 👍

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