Remnant II

Note de l'auteur
7
Note RPG
4

Bah alors Gunfire Games ? On préfère perdre son temps à pondre une suite à Remnant : From the Ashes plutôt que de poursuivre et conclure la saga Darksiders !? Comment voulez-vous que je prenne bien le nouveau soft du studio Américain sorti le 25 juillet 2023 !? Peut-être sera t-il aidé parce que, comme nombre avant moi, j’ai été partiellement séduit par l’original, et l’idée d’une suite développée sur Unreal Engine 5 en étant l’un des rares jeux à exploiter les machines de nouvelles générations, pouvait être séduisante. Cependant, avec les nouvelles technologie, le Covid qui s’est glissé là, et le temps de développement à rallonge des jeux modernes, moins de quatre ans de développement, ça me semblait un peu léger pour accoucher d’autre chose que d’une itération un peu facile d’une formule déjà pas bien originale : prenez Dark Souls, rajoutez des flingues, de la génération procédurale, une direction artistique pas étrangère à un mix de Madureira et … d’Hellgate London, et vous obtiendriez un peu ce que donne ce Remnant II.

Mauvaise chose ? Sais pas. Enfin si je sais, mais je spoile pas, et il est temps d’approfondir le sujet. Aujourd’hui, c’est du flingue et du procédural, comme la dernière fois d’ailleurs… la vie ne serait-elle pas elle aussi un rogue-lite ? Ou alors cette industrie ne passerait-elle son temps qu’à copuler entre cousins au premier degré ? Je ne sais pas quelle perspective est la plus horrible, mais je sais une chose : j’aurais quand même préféré incarner Strife si vous voyez ce que je veux dire !

Voyez-vous, j’ai beau être un esthète, je suis encore sensible à certain plaisir assez simple : le meurtre de masse, par exemple, c’est un truc qui peut potentiellement me parler. Il suffit qu’on me donne de bonnes sensations quand je tape ou tire sur un truc qui bouge plus ou moins vite et fait des sons plus ou moins rigolos quand il crève, et ça pourrait facilement me plaire. J’aime me dire que c’est mon côté prédateur qui ressort ainsi, mais la seule prédation dont je fais l’exercice au quotidien, c’est de dévorer les restes reconstitués de volaille lorsque j’engouffre (avec sauvagerie et virilité, cela va sans dire !) le jambon de dinde dont je raffole tant entre mes dents acérées d’ »homo ludens » du vingt et unième siècle… vivement le quarante et unième millénaire que l’on puisse me greffer un second coeur, que je fasse une tonne de muscles et d’acier et que j’aille conquérir la galaxie pour l’Empereur !

https://youtu.be/G_jgye4Z2yI

Mais je m’égare, comme toujours. Mais Madureira, vous voyez l’esthétique fasciste science fantaisie baroque d’un Warhammer 40K ?.. Quand Remnant II arrête d’être le jeu post apo style The Last of Us ô combien déjà vu et essoré depuis le temps et même avant le soft de Naughty Dog, il lorgne de ce côté du spectre de l’esthétique profane qui se veut quand même un peu sacré. Lorsqu’il est à son meilleur goût, c’est vers Giger que Gunfire va essayer de tirer une inspiration pour renouveler un peu les décors de son titre.

Et disons le : c’est plutôt mignon ! Non pas que les pénis dans les décors où les rangées de crocs soient particulièrement adorables (encore que, tous les goûts sont dans la nature, certains aiment Life is Strange et la République comme l’état de droit les y autorisent sans risquer la peine de mort, abolie d’ailleurs, ce qui, dans le cas des adorateurs de Dontnod, est un fait que je trouve dommageable, mais soit !), mais j’apprécie cet art subtil de la fascination d’une horreur cosmique qui ne porte même pas un regard à l’homme. J’aime cet autre fondamental qui nous menace davantage par le désintérêt qu’il nous porte que par une quelconque forme d’hostilité.

Première leçon de cette critique : apprenez davantage à craindre le mépris que la haine. Vous vous éteindrez bien plus douloureusement par le manque d’attention que par les sentiments négatifs dont vous serez l’objet.

Bref, préférez toujours être haï qu’ignoré.

Excusez-moi des mots précédents : j’ai fait un AVC et il m’est sorti tout un tas de trucs pseudo intéressants. Reprenons.

C’est donc joli, Gigerien, j’apprécie. Les musiques sont sympathiques aussi d’ailleurs, j’aimais déjà le thème principal du précédent jeu, j’aime encore plus sa reprise ici. En termes de bruitages, le jeu s’en sort convenablement aussi, les pétoires crachent bien. Est-ce qu’on a généralement l’impression d’avoir franchi un cap technique avec ce jeu, sachant que l’on est quand même face à un des rares jeux nouvelle génération et l’un des premiers sur Unreal Engine 5 ?

Vous voulez mon avis sur la question ?

Non. Non, en fait l’Unreal Engine 5 c’est pas très convaincant. Enfin, les textures sont jolies, l’éclairage aussi, les nanites qui permettent de minimiser l’apparition proche des éléments de décors, c’est gentil, mais on est face aux mêmes jeux conceptuellement.

Ne vous inquiétez pas cependant, je ne vais pas vous faire une tirade longue comme mon bras (gigantesque au passage, je me gratte le pied en levant mon membre supérieur, décapitant au passage montagnes et gratte-ciels, panache à la française quoi !) pour vous expliquer que l’industrie est en banqueroute créative : vous le savez. On va plutôt se demander ce que Remnant II fait de particulièrement bien.

Déjà : le contenu. Y en a beaucoup. Puis c’est procédural, donc la rejouabilité et bien présente si vous aiùez tirer sur des monstres pour récupérer armes et équipements que vous pourrez améliorer. On peut aussi dire que j’aime le ressenti des armes, notamment des fusils. Le fusil de chasseur, je trouvais déjà ces flingues caractériels dans le premier, c’est le même ressenti ici : cool. Que puis-je dire d’autres, sinon que Remnant II est une suite généreuse et compétente qui a le bon goût d’avoir un déroulé semi aléatoire où l’enchaînement des mondes et de l’histoire sont eux aussi générés procéduralement afin de toujours vous tenir en haleine si vous adhérez à la proposition.

C’est sans doute l’élément le plus intéressant : Remnant II épouse le procédural dans une proportion rare et se tire avec les honneurs dans l’exercice de sa fonction de looter shooter pas forcément très frais, mais au moins habilement conçu et jusqu’au boutiste dans sa proposition.

Comprenez que l’ensemble est tout à fait sympathique, mais que, engagé que je suis à être honnête avec vous jusqu’au bout, vous comprendrez probablement aussi que j’éprouve face à lui un ennui poli. Poli parce que je sais reconnaître ses réussites mais je ne lui trouve pas grand chose de plus que le précédent opus. Pour tout dire, à part un système de combat au corps à corps un poil (mais vraiment un poil) mieux conçu, je ne saurais vraiment décrire de plus fondamentales différences entre les deux. On va dire que le premier était déjà rôdé, et que sa suite l’est donc un peu plus, et que si vous avez aimé le premier ET ne faites pas déjà une overdose à l’idée de rejouer à ce même jeu en fondamentalement mieux sur à peu près tous les plans, sans doute oui, Remnant II paraît être une bonne pioche, voire très bonne, selon votre appétence à vous plonger pour des heures durant dans une boucle de gameplay que nous, joueurs aguerris, connaissons depuis au moins dix ans.

Mais c’est un bon jeu. On se demande où passe les apports de la nouvelle génération et les opportunités théoriques de réalisations novatrices qu’elle était censée apporter, mais on se fait doucement à l’idée que peut-être l’avancée technologique n’est qu’un mirage, un miroir aux alouettes qui nous permet désormais de nous dire que la créativité, c’est avant tout la discipline de l’esprit et la respiration de ce dernier, et dans une industrie qui ne jure plus que par son visuel, son modèle économique et des formules préconçues et déjà bien bankable pour limiter les risques, il est difficile de rediscipliner les esprits à créer, et encore plus, à respirer.

En espérant que Gunfire Games, après avoir parfait un chouïa plus une formule déjà maîtrisée et pas bien neuve, s’autorisera à prendre le risque de peut-être tenter de créer quelque chose, ce sera un 7.

Note testeur 07 sur 10
Note RPG 2 sur 5
Marcheur
Marcheur
Ancien rédacteur des sites disparus "Loutrage" et "RPG France", refuse le chômage technique, écrivain impulsif, il écrit ce qui lui passe par la tête -et plus encore- ce qui lui permet d'avoir la productivité d'un hyperactif sous coke. Avertissement de l'OMS : sa prose logorrhéique provoque AVC et convulsions.

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L'archiviste

Merci pour ce retour. Je suis sur le 1 et il est très sympathique dans sa version complète. Le 2, plus tard en version GOTY je pense.

code34

Merci Marcheur pour cet excellent test. Donc un 2 sans surprise :X, j’attendrais que le prix baisse ou qu’il soit offert sur EPIC comme le 1

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