Vampire la mascarade : Bloodlines

Ce test a été écrit par Montaron et publié à l’origine le 26 mai 2013 sur le site RPGFrance.

Note de l'auteur
08/10
Note RPG
06/10

Aujourd’hui, ils brillent au soleil, tous blancs, torturés par leur humanité à fleur de peau et vivent d’amour niaiseux et impossibles. Hier ils étaient gothiques, trashs, totalement immoraux et plus tentés de savoir où était la limite de la Bête en eux. Ceci dit, les deux boivent du sang. C’est triste à dire, mais le vampire a bien changé ces derniers temps. Et si vous n’êtes pas une adolescente de seize ans qui cherche une bleuette d’amour « déchirant » entre Edward et Bella, ce jeu est là pour vous montrer que les vampires c’était quand même quelque chose et que Troïka s’est fait plaisir avec. Voici Vampire la mascarade : Bloodlines !

Il faut prendre les choses à la base. Derrière Vampire, la mascarade : Bloodlines, il a y une très bonne licence de jeux de rôle papier : Vampire : The Masquerade. Licence qui met en place un univers gothique-punk où les vampires, créatures millénaires de la nuit, se livrent des guerres entre factions, manipulant l’humanité et redoutant la Géhenne, Apocalypse de la Bible vampirique qui amènera le retour des plus anciens d’entre eux. Dans cet univers, tout se base sur la manipulation. Tout est enjeu de pouvoir entre vampires millénaires et autres anciens agissant dans l’ombre et jouant la vie des autres caïnnites comme des pièces dans un jeu d’échec. Un univers noir, puissant et glauque, retranscrit à merveille dans le jeu.

Dans cette histoire, vous débarquez comme un vampire nouveau-né, et autant vous le dire, vous ne naissez pas avec une cuillère en argent entre les canines. Votre papa n’a pas demandé l’autorisation au Prince de la ville de vous transformer et il finit décapité joyeusement sous vos yeux. Alors que vous allez subir le même sort, des protestations vous évitent le billot et vous voila embarqué au service du Prince du coin pour mériter votre place au soleil, si tant est que cela soit possible pour un vampire.

Si on commence par du boulot assez minable à se fritter contre de petits gangs, on se rend compte que quelque chose se trame à Los Angeles. Les peurs semblent se cristalliser autour de l’arrivée récente d’un sarcophage ancien venu d’Ankara, retrouvé sur un bateau fantôme dans la baie. En parallèle, la faction adverse de la votre semble sortir les crocs, des vampires anarchistes revendiquent leur liberté de la structure liberticide des anciens et de mystérieux vampires d’Orient semblent avoir aussi envie d’avoir leur mot à dire. Et vous êtes au milieu de ce nid de vipères avec les deux pieds dedans et pas trop d’idées sur qui est un allié et qui est un manipulateur.

Vent pire et Noces feras-tu ?

Une fois le contexte assimilé, à vous de créer votre personnage. L’une des particularités de VTM, j’abrège, vous m’excuserez, est qu’il propose différents clans qui font plus ou moins offices de race, chaque clan ayant ses particularités, ses disciplines (l’équivalent de magie) et ses faiblesses propres. Ces dernières peuvent être de différentes natures : les toréadors perdent plus d’humanité s’ils agissent de façon cruelle, les brujahs ont plus de mal à se contrôler, les malkavians sont définitivement fous et les nosferatus ont hérité de la splendide plastique de leur homologue cinématographique. Vous avez bien entendu le choix du sexe et du nom, pas de personnalisation physique mais franchement, les apparences imposées sont loin d’être désagréables à regarder donc …


Et vient la fiche de personnage. Si elle est plutôt allégée par rapport à la version papier, elle a le mérite d’être assez touffue, les atouts physiques et sociaux se partageant assez bien la place, de telle façon qu’il est impossible de tout avoir en une seule partie. Vampire la mascarade : Bloodlines a l’excellent mérite de permettre un certain nombre de chemins dans la résolution des quêtes, autant par le dialogue que la furtivité ou la persuasion.

De même en combat, si vous en venez aux poings, il y a plus d’une façon de faire mal à son prochain. Le jeu propose un panel d’armes assez variées, divisé entre les armes de corps à corps délicieusement rafraîchissantes de par le côté contemporain de l’univers (cela va de la batte de base-ball au démonte pneu en passant par la masse de chantier et le sécateur), aux armes à feu, d’abord peu impressionnantes (le 38 est probablement le flingue le plus nul que j’ai vu de ma vie) mais qui en viennent vite à combler le manque éventuel d’égo que vous pourriez ressentir. Viennent ensuite les pouvoirs propres à votre clan. Si certains ont un effet passif tel la « Puissance » qui se contente de décupler la force de vos mandales d’autres sont plus funky. Je pense notamment à « l’Aliénation » des malkavians qui rend les gens fous ou à la « Magie du sang » des tremeres qui a des effets des plus rigolos sur les corps fragiles. Il y a clairement de quoi se faire plaisir.

Niveau jouabilité le choix est vôtre, à la première ou à la troisième personne. A noter que les armes ne sont utilisables que dans le second cas, ce qui est de toute façon plus pratique pour voir la portée de vos coups. On se rapproche alors d’un Elder Scroll ou d’un Fallout made in Bethesda dans les sensations globales.

Un univers à croquer à pleines dents

Si Vampire la mascarade : Bloodlines est si atypique, ce n’est pas seulement parce que son système de jeu est fort riche, c’est aussi pour son ambiance unique. En effet, c’est à ma connaissance un des seuls RPG qui se passent dans un univers contemporain, donnant tout de suite un côté frais des plus agréables. On paye ses courses en dollars, on refourgue son loot chez le prêteur sur gages, les armes à feu font partie de l’arsenal, les déplacements entre les hubs se font en taxi et les night-clubs ont remplacé les auberges.

Cet univers contemporain permet notamment aux développeurs de se faire plaisir vis à vis de la maturité du jeu et de son propos. J’ai beau être un immense fan, je pense que Vampire la mascarade : Bloodlines est encore plus noir et désespéré que The Witcher. La moitié des individus que vous rencontrez sont des déviants, des psychopathes, des dépravés et des manipulateurs. Personne ou si peu ne veut votre bien, tous marchent sur le principe des services qu’on se rend, souvent dans l’illégalité et la violence, que ce soit entre humains ou entre vampires.

De même, l’ambiance des lieux que vous visitez est des plus glaçante. Tous ceux qui ont joué se souviennent très sûrement de lieux comme l’Ocean House Hotel et son sous-sol, du manoir d’Andrei et sa déco maison, de la résidence de Grout et du studio de tournage à Hollywood. Des endroits marquants dont la visite vous laissera des souvenirs à remonter la couette sur votre petit crâne de gobelin le soir. Ambiance encore plus soutenue par une bande son de maître, très orienté trip-hop glauque avec notamment pas mal d’effets de distorsion dans les environnements hostiles et d’une sélection de groupe orienté goth/metal pour tout ce qui est night-club. Les fans de Ministry apprécieront notamment un morceau spécialement composé pour l’occasion par Al Jourgensen.

De plus, la galerie de personnages que vous aurez le plaisir de croiser à le mérite d’être originale. Qu’ils soient vampires, humains, ou autres, les trognes et les grandes gueules ont droit à leur part du lion. On citera la sulfureuse Jeanette, que tout le monde a pu voir sur la jaquette du jeu lors de sa sortie, et son petit grain de folie, Fat Larry le dealer d’armes avec son gros accent gangsta-rap, Garry et ses vannes morbides, la petite Damsel, Imalia la beauté déchue et encore bien d’autres. Les dialogues sont goûteux, avec la maturité qui convient, des répliques pas piquées des vers, de l’humour qui tache et qui envoie dans les dents, notamment si vous jouez malkavian (étant donné que votre personnage sera irrémédiablement maboul) ou nosferatu (vu que vous aurez une tronche à faire avorter une portée de rats) et servis par un voice acting en VO d’une qualité exemplaire. Résultat de l’excellent travail du lead writter Brian Mitsoda, aujourd’hui chez Double Bear Studio qui travaille sur Dead State, qui a du se faire plaisir. Je recommande d’ailleurs de lire ses interviews sur le sujet, assez intéressantes.

La nuit, tous les vampires ne sont pas roses

Dit comme cela, cela paraît trop bien. Malgré tout, il faut l’avouer, Vampire la mascarade : Bloodlines n’est pas parfait. Le jeu a eu une gestation des plus compliquées, voyant notamment son scénario réécrit en cours de route, ce qui a obligé un changement complet du level design et de l’IA avec la pelletée de bugs qui va avec. De même, le moteur Source (Vampire la mascarade : Bloodlines était le deuxième jeu à l’utiliser après Half-Life 2) est loin d’être maîtrisé, entraînant un certain nombre de soucis de collision. Sur le plan visuel cela reste honnête même si le jeu accuse, comme beaucoup de jeux full 3D, le vieillissement inexorable que le progrès technique inflige aux graphismes. Le plus gênant reste les bugs de quêtes. Si dans l’absolu une partie a été corrigée par les patchs officiels, il reste encore un joli panel de choses qui ne tournent pas rond : PNJ qui ne bougent pas, portes qui restent fermées, ou pire : les cinématiques qui ne se déclenchent pas, le genre de choses qui vous envoie une sauvegarde à la poubelle. Toutes ces petites choses dont on aimerait se passer mais qui font partie de la touche Troïka. A noter qu’un joli paquet de patchs de la communauté arrange ça depuis le temps.

On rajoutera un bâclage des niveaux finaux car si le jeu propose une forte richesse dans la majorité de l’aventure, le level-design de la fin se montre beaucoup trop agressif, rendant les solutions sociales inutiles et la furtivité nettement plus dure à jouer, notamment contre les boss. Du coup, les builds portés exclusivement sur la parlotte risquent de se retrouver méchamment dans la panade s’ils n’ont pas engrainé quelques points en chemin sur des aptitudes un peu plus belliqueuses. Beaucoup se souviendront avec un intense déplaisir le passage dans les égouts ainsi que la tour du Sabbat, notamment pour ses combats longs et loin d’être super sexy.

Vampire la mascarade : Bloodlines s’impose comme un sacré jeu, doté d’une ambiance quasi unique encore aujourd’hui et il n’existe qu’un seul autre jeu basé sur la licence Vampire à ce jour. J’irais plus loin et dirais qu’il est un incontournable dans son genre, notamment pour sa mixité entre le côté action assez présent et des composantes RPG solides. On pourrait le voir comme un Fallout New Vegas en plus linéaire et plus hardcore.
Si vous ne savez plus à quoi jouer, que les jeux relativement vieux ne vous font pas peur, que vous ne craignez pas de tomber dans un univers vraiment sombre et désespéré qui risque de vous rester en tête un bon moment, sautez dessus. Voyage inoubliable garanti ! 

+ Ambiance unique
+ Excellente rejouabilité
+ Univers mature et très bien écrit
+ Grande liberté d’action
+ Bande son aux petits oignons

Note RPG 3 sur 5
Note testeur 08 sur 10

– Bugué
– Bâclé sur la fin et excessivement bourrin
– Difficulté parfois mal dosée
– Combats à l’intérêt variable

La vision de Batman :
La première fois que je suis tombé sur un trailer de Vampire The Masquerade Bloodlines, je me suis dit qu’on tenait là le jeu parfait ! L’univers des vampires directement tiré du jeu de rôle papier avait tout pour me plaire. Les mécaniques de jeu permettant autant des approches discrètes que de l’action non-stop étaient une chose rare à l’époque, et la dimension de jeu de rôle avec des dialogues très bien écrits avait tout pour plaire. Pourtant à sa sortie, les joueurs ont eu le malheur de constater les nombreux bugs parfois bloquant dont le jeu recelait. Heureusement, les patchs officiels sont arrivés, puis les non officiels, pour donner à ce jeu la qualité de finition qu’il mérite. Au final, Bloodlines est devenu un RPG incontournable malgré ses défauts, tant l’ambiance y est parfaitement bien retranscrite. Grâce aux derniers patchs non officiels, je pense qu’on peut sans remord lui donner une excellente note.
09/10

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