Bound By Flame le mal aimé, Bound By Flame le mis de coté, Bound By Flame, presque un paria à sa sortie en 2014. Je ne pense pas que le studio Spiders s’attendait à une telle montagne d’excréments sur son nouveau bébé. Perso, je dis non. Non à toute ces claques qu’il s’est prises dans la tronche. C’est un jeu exigeant, loin d’être parfait, mais diablement généreux sur certains points de son gameplay. Je lâche donc un gros OUI pour ma part.
Un gros OUI, mais…. (il y a toujours un mais…)
Ce qu’il faut absolument savoir à propos de Bound By Flame, c’est que si la surdose d’action vous ride le coin des yeux et vous donne des brûlures d’estomac, passez votre chemin. Ici, l’exploration est réduite à peau de chagrin dans cet Action-RPG. Le jeu est une succession de couloirs débouchant sur des arènes de tailles variables mais jamais bien grandes, où vous serez amené le plus clair de votre temps à vendre chèrement votre peau face aux morts et autres créatures corrompues qui peuplent les lieux.
En vérité, nous sommes plus proche ici de Mars : War Logs ou d’un Technomancer des mêmes devs que d’un Kingdoms of Amalur ou d’un Skyrim en terme de liberté de mouvement. Pour autant, l’ennui ne pointera pas le bout de son nez. Les décors que l’on parcourra durant les 25 h (en mode normal) que proposent le jeu, toutes quêtes comprises, sont suffisamment riches en terme d’ambiances et d’action que l’on pestera que très rarement devant le peu de choix de chemins proposés.
Les choses étant mises au clair, passons au cœur du sujet. Vous commencerez votre aventure par la sainte création de votre avatar, homme ou femme, possédant chacun cinq visages prédéfinis et autant de coiffures. Autant dire que cela surprend, d’autant plus que certaines frimousses et tignasses laissent à désirer. Viendra ensuite le choix du niveau de difficulté, choix qui monte jusqu’à quatre mode. Le jeu vous lancera alors dans l’aventure. Ici, pas de sélection de classe, Spiders préférant vous laisser une totale liberté sur le build qui vous siéra le mieux durant vos pérégrinations sauvages. Pour cela, vous aurez accès à trois branches principales : Le combat en armes à deux mains (épées, haches et marteaux) qui s’apparente à la classe du guerrier lourd, style de combat lent mais qui tape fort et dur.
Vient ensuite la branche du rôdeur, combat aux dagues qui bien évidemment est bien plus rapide et nerveux, avec la possibilité de se spécialiser dans les attaques furtives et mortelles. Enfin vient la classe du « mage de feu », avec toute la panoplie qui va avec : Des armes enflammées au bouclier de feu en passant par les projectiles et autre joyeusetés sentant bon le souffre, vous aurez de quoi réchauffer le cœur de vos ennemis. Les arbres de compétences sont riches et chaque compétence à son utilité. Libre à vous de devenir un véritable couteau suisse ou bien de vous spécialiser dans une seule branche. A ces branches de combats se greffent les Traits. Ceux ci seront déverrouillés à votre bon vouloir après avoir effectué certaines actions ou tué X ennemis. Rien de très surprenant dans la méthode, mais ça pousse la personnalisation de votre avatar encore plus loin. Et nous, on aime ça, la personnalisation, n’est-ce pas ? Enfin, notez que le level max est fixé à 25, bien que certains joueurs fous ont atteint le level 27 par je ne sais quelle performance diabolique.

La baston, parlons en. L’action se veut très dynamique et surtout très exigeante ! Ne pensez pas spammer vos boutons comme un bœuf pour terrasser les ennemis. Ici, l’esquive, la parade et les contres sont de mises. Le moindre faux pas pourrait vous envoyer ad padres aussi vite que votre compte en banque s’évapore en début de mois. Soyons franc, cette partie du soft est une des plus réussies. Entre les choix de style, la possibilité de tirer avec une arbalète et les poses de pièges, chaque combat en devient presque épique. D’autant plus que les ennemis ne rigolent pas, et ce, même en mode normal (ici nommé Faucon).
Ils tapent dur, sont hargneux, et n’hésiteront pas à vous encercler pour le peu que vous ne soyez pas assez mobile. La mort se veut rapide, et les erreurs ne pardonnent pas. Seules ombres au tableau : Leurs paterns sont trop peu nombreuses et ont tendances à être spammées (mention spéciale au boss de fin, outrageusement dur et répétitif ) ainsi qu’un repop beaucoup trop rapide des zones durement nettoyées.
Pour bien préparer un combat, nous abordons maintenant ce qui fait à mon sens la seconde partie du soft très réussie : le craft. Dans Bound By Flame, chaque pièce d’armure ou d’arme peut être craftée. Cela va des pommeaux à la garde d’une arme, en passant par les épaulières, les brassards et autres parties d’une armure. Absolument tout peut être créé à partir d’ingrédients lootés sur les ennemis terrassés, ou bien découvert ici ou là durant vos escapades.
Vous pouvez tout aussi bien en acheter chez les quelques marchands vous accompagnant dans l’aventure, mais leur utilité est toute relative tant les loot sont abondants. Chaque pièce aura ses propres caractéristiques et son propre design (très réussi) alliant ainsi efficacité et esthétisme. Ajoutez à cela la possibilité (nécessité?) de crafter ses propres potions, carreaux et pièges, et vous aurez une idée de l’ampleur de la chose.
A coté de tout ceci, il faut bien avouer que l’histoire qui se déroule en 3 Actes, est malheureusement un chouilla faiblarde mais heureusement relativement bien mis en scène. D’autant plus que le dernier tiers de l’histoire semble avoir été légèrement bâclé (une suite de combats sans presque aucune quêtes secondaires ni dialogue). C’est fort dommage. Il y a bien quelques subtilités ici ou là, mais dans les grandes lignes, c’est tout de même le b.a.-ba de l’heroic fantasy. Ceci étant dit, nous suivons les aventures de notre troupe de mercenaires sans déplaisir. C’est carré, même si certains pans du background restent bien trop flous et donc, frustrants. En résulte une difficulté pour le joueur à ressentir une quelconque émotion en ce qui concerne le scenario et le désespoir de la situation, à deux ou trois exception près.
Malgré cela, la dualité que nous propose la possession de notre héro en chef est rafraichissante. En effet, sa part humaine veut aider son prochain : les temps sont extrêmement durs et les rares survivants que l’on croisera (qui se comptent sur les doigts de deux mains) ont perdu tout espoir, et en sont réduis à accepter leur sort. Le démon lui, est beaucoup plus pragmatique : Il a une quête à accomplir et ne voit pas d’intérêt à venir en aide aux derniers représentants de ce monde à l’agonie qu’il considère misérable. Ainsi, il ne sera pas rare d’assister à une conversation entre les deux protagonistes durant les nombreux dialogues que propose le jeu (donnant ainsi un petit côté schizophrène au héro), pesant le pour et le contre, chacun y allant de son argument. Certains choix importants de l’histoire joueront justement sur cette dualité : Libre à vous « d’écouter » l’un ou l’autre pour l’acceptation ou la résolution d’une quête qui pourra radicalement changer le cour de l’aventure. Vos actes pourront aussi avoir des répercutions sur vos compagnons.

Les compagnons, parlons-en justement. En plus de ne pas être seul dans votre tête, vous ne le serez guère plus physiquement. Durant votre périple, vous ferez la rencontre de personnages qui deviendront par la suite vos joyeux camarades de route et de bagarre. A tout moment, vous aurez le choix d’être suivi par untel ou untel, like Dragon Age. Nos compañero auront alors tout le loisir de réagir aux conversations que vous aurez avec les divers pnj du jeu et ainsi vous exposer leur opinion sur la situation, donnant ainsi un dynamisme relatif aux joutes verbales bien que leurs interventions se veulent trop sporadiques. A noter qu’à l’instar de trop nombreux jeux où l’on est accompagné, leur pathfinding peut être par moment déplorable.
« Et sur le champ de bataille, sont-ils aussi braves qu’un buffle enragé? » Hélas mon bon, leur dynamisme est tout aussi relatif. A la limite, une loutre enragée. Rare seront les fois où ils vous sortiront d’un mauvais pas. Seuls ceux qui sont mages pourront au choix, vous redonner de la vie ou bien activer leurs défenses magiques, devenant ainsi un véritable bouclier humain sur lesquels les ennemis s’acharneront pendant que vous les contournerez. Non, l’issue des combats, vous ne la devrez le plus clair de votre temps qu’a votre talent et à rien d’autre. Ah, et pour les plus coquins et coquines d’entre vous, sachez qu’une romance est possible avec certains de ces perso. GGGrrrrrr….

Enfin, notez que le jeu possède une forte rejouabilité du fait de suivre ou non l’avis du Démon. Comme dit plus haut, certains choix ont de graves conséquences et il ne tiendra qu’à vous d’explorer toutes les belles possibilités de gameplay et de scénario que nous offre le jeu.
Vous l’aurez compris, j’ai passé un excellent moment sur Bound By Flame. Il ne tient qu’à vous de lui donner sa chance, vu son très faible prix sur Steam ou Gog désormais. Lancez-vous, sacrebleu !
Le test de la PS4.




Merci Demoniakor, pour ce test sur ce jeu français. Cela fait plaisir de voir Spider mis en avant surtout que c’est un studio qui monte !
Merci Demoniakor. Beau test qui donne envie.
Merciiii !
Je viens d’abord te remercier pour ton test, ensuite, te remercier de parler de Bound by Flame parce que c’est l’occasion de répondre à la question que tu te poses dans l’intro et parler aussi un peu du titre de mon point de vue. Pour ce qui est des attentes de Spiders : en fait si, Spiders s’attendait à ce que le jeu se fasse éclater la gueule.
Pour avoir interviewé une partie de l’équipe en 2019 à l’occasion du développement de Greedfall, Spiders ne s’explique pas trop Bound by Flame. Le sujet, je l’avais amené comme suit : « Qu’est-ce qu’il s’est passé ». En réalité, motivé par la hype de Witcher 3 et Dark Souls ainsi que du vent en poupe que connaissait la Dark Fantaisie (et Game of Thrones au passage, dont on lit l’inspiration dans tout le jeu) Focus a commandé un jeu du genre à l’équipe.
C’était l’occasion de Spiders de se libérer un peu plus du statut de studio de support / réalisation, et gonfler le CV avec plus que Mars War Logs et Faery comme réalisations personnelles (notons que Faery était aussi une commande !) et surtout de creuser un peu plus technologiquement le Silk Engine. L’idée, c’était de pousser les curseurs de War Logs plus loin, d’élargir la cible, et de préparer l’avenir des productions Spiders. En interne, c’était pas trop la joie de bosser sur BbF de ce que j’ai senti du témoignage des développeurs, avec notamment un script et un casting auxquels ils croyaient assez peu (à l’exception de l’idée de possession démoniaque et le personnage d’Edwin, largement inspirée par Morrigan), le focus a été mis sur l’action.
Naquit alors le système de « stance » qu’on retrouve plus tard dans Technomancer. Pour l’immersion, un cycle jour-nuit est ajouté, avec des quêtes temporaires, et globalement, le système de jeu de rôle sert avant tout l’action et moins les interactions avec les personnages. C’est un jeu réalisé par Spiders, mais plus « exécuté », dans le sens où ce n’est pas un désir du studio comme le fut War Logs, et plus tard le seront :
Technomancer, Greedfall et SteelRising. Je ne saurais dire si Greedfall 2 est une commande de Nacon ou un désir de Spiders, mais il faut aussi rappeler que SteelRising est considéré par Nacon comme un échec commercial. Pour ce qui est de mon opinion sur Bound by Flame, j’ai une immense sympathie pour le jeu, mais c’est un capital.
J’adore son système de combat, j’adore l’atmosphère du premier et second acte, et je trouve la bande son (et son nombre de pistes limitées) parmi les plus motivantes du JV, non mais sérieux, écoutez moi ça !
https://www.youtube.com/watch?v=aRHJDo-HZQQ
Par contre, tout ce qui touche à l’écriture, l’histoire, c’est à creuver de rire tant c’est un premier degré mal géré par les angles morts d’un univers qui clairement, a été conçu à la va vite. Le jeu essaye de te faire croire que le monde est mourant, mais tu crois pas une seconde qu’il a vécu, même quand Spiders te fait désespérément traverser la capitale elfique de Caraldthas dans le second acte (très joli au demeurant !)
L’équilibre du contenu est encore plus foireux que Mars War Logs :
Acte 1 ultra riche en contenu.
Acte 2 déjà bien moins dense.
Acte 3 : lol, voilà tes quêtes de facteur et tes objectifs, va buter quatre versions du boss du premier acte et c’est marre. Acte 4 : Ah bah non, c’est juste le boss final !
Tu sens qu’il y a eu des coupes partout, que le projet final a été emballé pour sortir sur une deadline objectivement intenable (Mars War Logs sort en avril 2013, Bound by Flame en mai 2014, et je me permet de douter qu’il a commencé son dév’ avant la sortie de Mars !)
Mais… mais j’ai énormément de sympathie pour ce jeu, je trouve que c’est un bon moment, et que pour tous les défauts qu’il a, il a quand même ce « petit truc » artisanal de chez Spiders qui donne un goût sucré à l’aventure. C’est nanardesque, mais c’est adorable, ça mérite tout un tas de poutous et de câlins. Un doudou très agréable, à 2 balles comme il est partout et tout le temps, c’est un immanquable, et surtout, c’est quand même plutôt joli tout ça ! Sur ce, félicitation pour ton écrit, et si un jour l’exercice t’intéresse, on pourra parler d’un jeu en commun, histoire que je foute le bordel dans ta réflexion et que tu essayes d’informer les lecteurs avec un propos sérieux, je suis sûr que le duo serait très fonctionnel !
Ah ! Et j’ai oublié de dire : Bound by Flame était un carton pour Spiders, 500 000 ventes, de quoi convaincre immédiatement Focus de leur permettre de réaliser un autre jeu dans la foulée, Technomancer, qui reposera beaucoup sur les acquis de BbF, et bien sûr, après ce dernier, le véritable blockbuster (à l’échelle de Spiders en tout cas) que fut Greedfall !
Merci pour ce long post très instructif Marcheur.
Merci Professeur Marcheur ! Ceci répond effectivement à ma question. Et c’était très intéressant ! Des poutous de remerciement.
Et pour le duo, je dis banco !