Hé oui, il n’y a pas que les célébrités qui passent à la casserole, chez RPGFrance aussi on a nos démêlés avec les ustensiles de cuisine. Enfin, mise à part qu’on n’a nullement besoin de stretch goals et autres meules de foin, nous. Mine de rien, il en faut vraiment peu pour motiver un gobelin, un bon coup de kiki étant amplement suffisant… Il faut dire que la force des choses fait que, pour une raison ou une autre, même les plus assidus du RPG passent à côté d’incontournables.

De toute façon, on n’y peut rien et on n’en est pas forcément fautif, mais l’important c’est d’arriver à corriger le tir à un moment donné… Bref, sans digresser davantage, au vu de ces faits vous aurez compris que le dénommé Monsieur Arcanum : Engrenages & Sortiléges et ses complices feu Troïka Games sont impliqués dans cette affaire. Bien. Alors, maintenant faites entrer l’accusé !

Tout a commencé avec un germe qui s’était développé sur le dos velu du regretté Black Isle Studios. Il ne lui fallut pas longtemps à cet organisme pour finalement éclore sous la forme du Cerbère humain qu’était le défunt Troika Games. Bon, au delà de cette image digne des Carpenter les plus dégueulasses, on peut au moins retenir les grandes lignes… Les principaux géniteurs de Fallout ont donc fait cavalier seul, ou devrais-je dire qu’ils ont fait les trois cavaliers du post-apocalypse, pour faire don de cet RPG aux zélotes de la vieille école. Arcanum : Engrenages & Sortiléges sortira alors sur PC en 2001 et sera édité par le décédé Sierra Entertainement. Oui, encore un qui a trépassé. Arcanum est ce qu’on appelle un RPG de la mort qui tue. *Humour noir à deux sous : check !*      

Led Zephyr

Arcanum c’est l’histoire d’un zeppelin de luxe répondant au doux nom de “Zephyr” qui, suite à un assaut aérien terroriste, dégringole les marches du paradis et s’écrase à grand fracas au beau milieu de nulle part. Vous, vous avez la malchance d’être à bord du dirigeable quand tout ceci se produit et vous vous réveillez, sidéré et déboussolé, sous un amas de débris. Parmi les très rares rescapés, vous percevez un gnome qui a visiblement pris cher et vous vous ruez dessus pour tenter de lui porter secours. Malheureusement, il rendait là son dernier soupir, vous confiant juste avant un anneau et sollicitant votre aide pour le faire parvenir “au garçon”, tout en introduisant “le mal” dans l’équation…

Très vite, vous serez abordé par un pèlerin d’un ordre religieux qui était témoin de l’incident et qui évoquera une certaine prophétie dont vous en seriez soi-disant la réincarnation ultime. Pourtant, vous ne rigolerez plus quand vous découvrirez qu’une mystérieuse organisation en veut sérieusement à votre peau afin de récupérer l’anneau pour, à ce qu’il parait, les ramener tous et dans les ténèbres les lier…  


L’histoire d’Arcanum promet alors un bon nuage de mystères et de rébus, où l’intrigue assez palpitante se mêle à quelques rebondissements plus ou moins bien sentis, et au final cet élixir arrive facilement à susciter l’intérêt. Même s’il faut tout de même avouer que la quête principale est au fond empreinte d’une relative linéarité et souffre de quelques ellipses narratives un peu trop équivoques… Malgré tout, le jeu arrive à compenser très largement cela par son univers pour le moins transcendant et qui s’impose en définitive comme le tarot gagnant du titre.

En effet, ici on joue la carte insolite du contexte steampunk où les relents fantasy habituels à coup de nains et d’elfes côtoient l’époque de la révolution industrielle victorienne. Ainsi, Arcanum est un monde uchronique en pleine mutation où les équilibres de pouvoirs se voient bouleversés par la découverte de la machine à vapeur et le tumulte militaro-industriel que cela a tôt fait d’engendrer. La technologie et la magie étant mutuellement exclusives, c’est bel et bien un bras de fer hargneux qui scinde les deux camps entre progressistes d’une part et rétrogrades de l’autre. Et encore, ce n’est pas rose, façon Télétubbies, au sein d’une même faction tant les considérations raciales, les rivalités et les coups bas sont monnaies courantes…

Le choc des titans ou le choc des électrons ? 

Votre personnage est bien entendu au coeur de ce conflit épineux et sera aux premières loges pour rallier une cause et faire face aux répercussions, voire arpenter le fameux chemin de la true neutralité, tel un Batman s’il l’entend… Le Role Play tournant autour de la dualité magie/technologie est alors le leitmotiv du jeu et les nombreuses possibilités qui en découlent imposent le respect. Ainsi, en fonction de l’orientation de votre personnage, l’univers se modulera en conséquence et l’expérience en sera sensiblement affectée. Chaque PNJ dispose alors d’une barre de réaction sur laquelle votre réputation aura effet d’une façon ou d’une autre. En ce sens, un personnage ayant choisi de creuser profondément la voie de la magie se verra octroyer quelques privilèges auprès de certains partisans, allant jusqu’à du contenu spécifique non négligeable.

Mais le revers de la médaille, parce qu’il en faut toujours un dans un bon RPG, sera un lot de restrictions d’ordre technologique et le-dit personnage se verra refuser le simple fait de recourir à un train à vapeur comme moyen de locomotion par exemple… Ce potentiel déjà plus qu’honorable est solidement appuyé par des talents d’écriture monstrueux, offrant un éventail de répliques bien pensées dans les nombreux dialogues ponctuant l’aventure. Et un peu à la manière d’un Fallout, vous serez agréablement surpris de voir que les dialogues peuvent, par exemple, radicalement changer quand votre personnage est bourré comme un coing !      


Cette imposante charge Role Play se cristallise clairement au niveau de la création bien garnie du personnage et, plus tard, dans sa gestion. Effectivement, à côté des caractéristiques (force, charisme, beauté…) et des résistances, la feuille de personnage est agrémentée d’un “alignométre” représentant votre alignement entre bon samaritain et raclure et, de surcroît, un “magicotechnométre” qui évalue votre penchant entre magie et technologie. Ainsi, non seulement vos opinions politiques agissent sur ces barres, mais en plus vos orientations de personnage en sont intimement liées. Parce qu’il faut dire qu’Arcanum, tout comme tonton Fallout, offre une large panoplie de builds où piocher, mettant ainsi votre créativité à l’épreuve sans pour autant vous obstruer avec un système de classe.

Mage gnome invocateur, prêtre elfe soigneur, chasseresse demi-elfe, barbare demi-orque ou encore humain pistolero, nain machiniste, gentilhomme halfelin leader d’une bande, demi-ogre à mitrailleuse Gatling, vous avez vraiment l’embarras du choix. Même s’il faut dire que le fait de gagner un seul et unique point à chaque niveau – sachant qu’il y a un plafond de cinquante niveaux – pour le “répartir” dans les caractéristiques, les compétences, les sorts et l’artisanat (oui et il y a du bon craft là dedans en plus), c’est quand même pas mal restrictif… Malgré tout, les mécanismes restent affreusement bien huilées et osent même quelques originalités notamment un système d’antécédents qui fait office de background RP mais qui induit des bonus/malus (les prémices du concept des origines de Dragon Age ?). Aussi, un système d’achat d’équipement en début de partie pour faire en sorte que celui-ci soit en adéquation avec votre build, quoique ça ne vous empêchera pas d’aligner les échecs critiques embarrassants les uns après les autres…      

Arca-nonne : Engouffrages & Sacrilèges 

Encore une fois, l’héritage des Ultima nous saute à la gorge dans ce soft, et tout comme Fallout, on a affaire à de la 2D isométrique assez terne et austère. Graphiquement, ce n’est franchement pas la joie : le jeu ne brille décidément pas par sa palette de couleurs et ses décors, et sûrement pas par ses sprites non seulement grossiers mais en plus assez redondants. Techniquement, ce n’est vraiment pas mieux : les animations sont rigides et souvent saccadées, et les effets, sommaires, sont loin de casser des briques. Le constat est plus sérieux au niveau des combats qui s’avérent brouillons, pas sexy et banals au possible, et c’est drôle car ceci confirme le petit lien qu’entretien ce jeu avec Inquisitor

Ceci dit, là où les combats en temps réel sont irrémédiablement indigestes, Arcanum admet l’option salvatrice de faire basculer les affrontements en mode tour par tour, se débarrassant ainsi de leur inhérente confusion et leur procurant une portée tactique bienvenue… Du côté de l’interface, avouons qu’on fait quand même mieux que le titre nucléaire de Black Isle. Pourtant, certains aspects restent quelque peu éreintants notamment l’inventaire, qui même si cette fois se base sur un système de cases, manque un peu d’options de confort tels que l’empilement d’objets, le “Ramasser tout” et consorts…            


Toutefois, comme tous les bons oldies qui se respectent, passé les premiers abords grimaçants et le temps d’adaptation, on ne tarde pas à se prendre au jeu. L’expérience Arcanum n’en demeure pas moins agréablement enchanteresse et son ambiance se révèle vite tout à fait happante… Déjà, le tissu musical qui y est bordé ne manque pas de charme, puisqu’il émane exclusivement d’un quatuor à cordes s’incrustant à merveille dans ce paysage victorien (aah, l’île du désespoir…). Mais aussi et surtout le fait que le jeu vous donne amplement l’occasion de s’imprégner de son ambiance à travers son contenu avoisinant les soixante heures en une seule partie, et bien plus encore en perspective au vu de son gros potentiel de rejouabilité.

Ainsi, vous aurez accès à une carte en monde ouvert où la liberté est le maître mot – encore une fois à la Fallout, décidément…- et bourrée de rencontres aléatoires, de quêtes multi-dimensionelles, de grandes cités qui ne demandent qu’à être explorées… Cependant, à cause de toute cette ampleur, il faut dire que la difficulté du jeu n’est pas des plus équilibrées tant elle est limite excessivement ardue au début de l’aventure (cf le fameux pont de Tristes Collines) et vire à la promenade de santé dans les hauts niveaux. Même si le jeu propose de recourir aux services de compagnons, qui bien qu’autonomes, sont suffisamment personnalisables pour constituer un précieux soutien.


Pour finir, notez qu’Arcanum admet un mode multijoueur, chose qu’il fallait quand même souligner. Je vous avouerais que je n’ai jamais daigné l’essayer par le passé et que récemment, pour les besoins de ce test, mes tentatives ont été infructueuses, donc… Il faut aussi savoir que même si Arcanum avait eu la réputation d’être buggé et mal optimisé à sa sortie, c’était sans compter sur l’intervention de la communauté depuis le temps… Le jeu, avec les derniers patchs officiels et communautaires, est désormais honorablement stable sur la plupart des configurations. Aussi, avec les nombreux mods disponibles améliorant pas mal l’expérience de jeu, pas besoin d’attendre qu’un je-ne-sais-quel opportuniste nous ponde une quelconque enhanced edition

Allez, pas la peine d’y aller par quatre chemins et faisons juste avancer le schmilblick : Arcanum : Engrenages & Sortilèges est un satané prodige du RPG occidental. Point. C’est tout bonnement une pièce maîtresse dont on chantera les louanges encore et encore jusqu’à la fin des temps rôlistiques. Avec ses engrenages bien huilés et ses sortilèges très potents, Arcanum ​est une invitation au rêve et un appel au voyage, et il est ainsi l’illustration ultime d’un grand RPG. 

Au delà de sa nature primaire de succession de lignes de codes et d’amas de pixels, l’Arcanum : Engrenages & Sortilèges de feu Troïka Games s’impose avant tout en tant que monde absorbant où on s’égare à faire vivre notre personnage avec une latitude et une liberté d’action imposantes. Et ce malgré quelques menues faiblesses au niveau de l’enrobage et de certains aspects très très vite oubliés. Comme quoi, il y a finalement de quoi harceler un Chris Avellone… Tiens, il y a même de quoi enquiquiner un Mégamat pour qu’il s’y essaye ! Allez RPGFrance, tous avec moi ! Faisons pousser Mémé dans les orties d’Arcanum ! Mégamat ! Mégamat ! Mégamat !          

+ Univers engrenant et ensorcelant
+ Possibilités nombreuses et ample liberté d’action
+ Création et gestion de personnage foisonnantes
+ Trés solide qualité d’écriture
+ Ambiance musicale classieuse et singulière

Note RPG 5 sur 5
Note testeur 09 sur 10

– Techniquement et visuellement un peu rude
– Gestion d’inventaire un peu laborieuse
– Difficulté un peu déséquilibrée

La vision de Dagon :
(avis écrit et publié sur le site Dagon’s Lair. Avec l’aimable autorisation de son auteur).
Derrière une interface peu intuitive et des graphismes assez austères en vue isométrique, se cache le dernier jeu des auteurs de l’excellent Fallout. L’histoire se déroule dans une ambiance bien particulière : dans un monde de fantasy avec ses nains, elfs, orcs, … mais après la révolution industrielle. Arcanum est un monde où la magie et la technologie est en lutte, un monde ou le développement de l’un se fait au détriment de l’autre.

Entre la magie ou la fabrication et l’utilisation d’objets techniques, le joueur doit choisir. Mais ce n’est pas le seul choix qu’il faut assumer. L’orientation du personnage fera réagir le monde dans lequel il vit, et c’est le point fort du jeu, et ce qui fait son charme. L’histoire, très fouillée également fait découvrir petit à petit le rôle qu’est appelé à jouer le personnage dans une vaste histoire où est question de Dieux et de réincarnation. Les combats, peuvent être menés en temps réel comme au tour par tour. Ils sont alors très stratégiques, quoique assez « fouilli ». De même les options de ciblages vers des parties du corps ne sont pas explicites dans l’interface, ce qui l’empêche d’atteindre le niveau de Fallout.

Véritable oeuvre d’art pour les puristes, Arcanum est une véritable mine d’or pour tout bon fan de jeu de rôle, à condition de passer outre la relative faiblesse des graphismes.

Graphismes et sons : 3/5 – Interface de Combat : 3/5 – Scénario : 5/5 – Jouabilité (fun) : 5/5
08/10

La vision de Ninheve :
A la sortie du jeu, le monde vidéoludique du RPG était saturé de médiéval/fantastique et Arcanum y apporta une petite bouffée d’air frais en y incluant des éléments steampunk. Cette association steampunk (et son univers très victorien) et univers med/fan classique y était très réussi. L’intrigue principale soutenait notre intérêt sur de très longues heures de jeu, ainsi que les quêtes secondaires nombreuses et variées. Son gameplay ne révolutionna pas l’industrie du jeu, mais dans mon esprit, la profondeur du roleplay dans ce jeu rattrapait tous les petits aspects techniques parfois un peu dépassés (inventaire mal fichu, graphisme à la ramasse). La création et surtout l’évolution de votre personnage y étaient incroyablement riches et n’étaient pas figées dans les archétypes habituels. Votre arbre de compétences, l’artisanat et la notion de bonus/malus permettait la création et le développement de personnages très complexes et variés. Le monde nous appartenait et quel monde !

A présent, avec le recul et les années passées depuis sa sortie, Arcanum dans mon esprit évoque une petite musique de chambre, celle que l’on entend dans le jeu bien entendu, mais qui reste très symbolique de ce que ce jeu représente pour moi : une musique qui a rangé l’artillerie lourde des cuivres et percussions pour se concentrer sur quelques instruments très finement ajustés, mais dont l’ensemble créé un univers d’une richesse incroyable.
09/10

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