Sir Whoopass a attisé ma curiosité durant tout son développement et ce qu’il laissait entrevoir à travers moult bandes annonces m’interrogeait. Avais-je à faire à un véritable action-RPG avec loot, builds et histoire ou juste un jeu qui aurait un fort potentiel comique, mais un gameplay en retrait ? Depuis le début, le jeu se targue d’une étiquette action/aventure et semble aujourd’hui avoir perdu son côté RPG. Qu’en est-il ? Essayons donc de répondre à ces questions…

Le pitch de départ, ce n’est pas moi qui le dit, c’est la description du jeu : “Si certains se destinent à devenir de grands héros, d’autres n’ont simplement pas les épaules pour ça. Faites la connaissance de Sir Whoopass, un héros acharné au cœur d’or qui, suite à une hilarante et très malencontreuse série de mauvais choix, parvient à générer le chaos et le désordre dans un monde utopique. Il doit trouver le Legendary Villain-Beating Artifact™ au cours de sa quête pour vaincre L’immortel, un mystérieux ermite qui, pour quelque raison obscure, abat sur le monde toutes sortes de monstres et créatures maléfiques.

Monty Python ?

Et si maintenant, je vous décrivais le début de l’aventure. Pendant que le sorcier boss joue au golf (!), vous vous réveillez dans un donjon dont la porte vient d’exploser à cause d’un gardien gobelin à la cagoule rose pressant sur le levier d’ouverture. Vous mangerez votre premier gnome des jardins pour revigorer votre santé, et récupèrerez votre première arme dans un déluge d’étoiles comme si vous aviez trouvé le Saint Graal.

Vous découvrirez une tête de squelette qui vous aidera à débloquer des situations comme des leviers hors de portée. Vous vous déplacerez avec les touches du clavier avec une vue à la troisième personne. La barre espace pour sauter, alt pour faire une roulade, control pour courir, le clic gauche de la souris servira à frapper et le clic droit à bloquer les attaques, ce qui vous permettra de déboussoler les ennemis et donc de frapper.

Le déplacement du personnage est assez lourd ce qui est logique car il est déjà équipé d’une arme de plaques, et il y a beaucoup d’objets interactifs comme des caisses, poteries et tonneaux qui dissimulent or et pierres précieuses qui vous serviront plus tard et qui se ramassent automatiquement.

On a donc un système de combat en ce début de partie plaisant en difficulté normale (4 niveaux possibles) avec des animations tout à fait correctes. On continuera donc à chercher la sortie tout en découvrant les mécanismes du jeu et les possibilités qui nous sont offertes pour démembrer et découper nos adversaires avec des anachronismes à tous les étages.


Comme vous le constatez le jeu pousse à la déconnade que cela soit au niveau des graphismes, des textes ou de l’univers. On sait que l’on va passer un bon moment, et que les clins d’œil vont être légion. Le narrateur continue à nous délecter de ses textes légers et amusants durant toute cette première partie. On poursuit cette évasion qui passe par des pièges qu’il vous faut éviter du premier coup sinon c’est la mort assurée et vous recommencerez quelques secondes avant votre décès accidentel. On a aussi dans ce tutoriel, des passages de plateformes assez plaisants. Ce ne sont pas de longs couloirs nus, et il y a de nombreux détails et décors qui vous mettront en joie si vous y prêtez attention.

Après avoir échappé au générique… à la mort, on se retrouve devant un premier boss bigrement énervé : un titan avec chapeau haut de forme nommé Kenny. Sa mort vous permettra de communiquer avec le fantôme d’une femme tuée, dommage collatérale de votre évasion. Elle vous demandera alors de la ressusciter.

Ce premier village possède bien des PNJ mais vous n’aurez aucune interaction avec eux ce qui est bien dommage. La mission se résume donc à ressusciter la jeune femme pour prendre sa quête et détruire le vilain sorcier golfeur. Vous partez donc à l’aventure en quittant les murailles du château et allez vous promener dans un monde ouvert. S’il n’est pas forcément très grand, il comprend de nombreux lieux d’intérêt et surtout il se visite aussi en hauteur en accédant à des lieux grâce au jetpack accessible un peu plus loin dans l’aventure (sans oublier un véhicule qui se conduit comme une caisse à savon). Outre ce monde, il y aura des donjons, souvent à base de plateformes ou de puzzles, qui devront être débloqués pour être réussis.

Le moteur Unity fait un job remarquable et les décors sont tout à fait plaisants et appréciables. On se sent bien dans cet univers loufoque et maitrisé graphiquement par les développeurs. De plus, les réglages optionnels graphiques sont légions et on peut le faire tourner sur des machines de moindre puissance, avec peut être quelques ralentissements, lorsque le nombre d’ennemis et les effets sont trop importants.

Sans Saint Graal

Et si on parlait de la partie RPG maintenant. Alors, si vous espérez le classer dans cette catégorie, il est bien trop limité ! Tout d’abord, sachez que votre équipement est limité à une arme dans trois classes possibles (épée, marteau et baguette de tir), un chapeau pour la tête, une bague, … qui seront tous visibles sur votre personnage. Les pièces d’armure sont absentes et il n’y a pas de vente dans le jeu. Tout au plus, allez-vous acheter chez le forgeron l’une des trois types d’armes selon les pierres que vous avez amassées. Et malheureusement, il n’y a qu’une arme à acheter dans chaque catégorie. Si vous en acheter une, vous débloquerez la suivante, mais elle ne sera pas utilisable si vous n’avez pas le niveau. Vous pouvez aussi vous en passer, car vous trouverez des armes disséminées ça et là dans le monde dans des coffres qu’il vous faudra trouver et débloquer, parfois grâce à des puzzles ou des lieux accessibles par plateformes.

Il n’y a pas de personnalisation de votre avatar en début de partie, et à chaque montée de niveau vous avez 1 point à mettre dans une des 4 caractéristiques (force, agilité, protection, chance). Mais on aurait pu s’en passer car cela est d’un intérêt minimum, surtout que le niveau maximum est 10 et il est atteint bien avant la fin de l’aventure. Pas de compétences pour votre héros, ce sont vos objets/armes qui ont une capacité chacun et qui vont donc vous permettre de varier vos attaques. Tout au plus avez-vous le combo ultime, le “tourniquet”, qui se débloque une fois de temps en temps et qui explose tous les ennemis. Vous pouvez aussi vous tourner vers les grenades qui vous permettront de vous faire idolâtrer ou d’exploser.

Quant au loot, il se résume à des pierres et de l’or. Si les premières servent chez le forgeron, l’or sera utilisé pour acheter des gnomes de potions, des munitions pour vos baguettes ou des fioles… Pas vraiment riche en terme de RPG comme vous pouvez le constater. Aeron’s Aventure était dans le même genre, bien que plus poussé et Dungeonland avait cette esprit dingo, sans pour autant pousser le délire aussi loin. D’ailleurs en fin de partie, on aura débloqué tous les équipements que peut nous fournir le forgeron et débloquer tous les objets si on a parcouru le monde à 100%.

Les dialogues ne sont présents que pour vous lancer une vanne ici et là, mais ne changent en rien un scénario inéaire au possible. Il n’y a pas de quêtes avec divers possibilités de résolutions. Non, vous foncez dans les donjons, les nettoyer, résolvez des énigmes plutôt bien faites et poursuivez votre aventure. N’espérez rien de ce côté là, si ce n’est le dialogue du narrateur entièrement doublé en anglais qui joue tous les personnages et c’est franchement réussi.

C’est pour cela que même si le level design est très bon, au bout d’une dizaine d’heures, on en a fait le tour, surtout que le scénario consiste à démonter trois gros donjons et 14 plus petits avec des traits particuliers, ce qui vous oblige à voyager sur la carte. Autant vous dire que le monde ouvert est richement décoré mais le gameplay est redondant au bout d’une dizaine d’heures, le temps qu’il vous faudra pour le finir, et la rejouabilité s’avère difficile sauf à un niveau de difficulté supérieure.

La note RPG ne sera donc pas bonne, mais cela n’en fait pas un mauvais jeu, même avec des défauts dus à la jeunesse de son studio géniteur comme vous allez pouvoir le lire juste après.

Whoop…Ass …. le sir Boulet

Et dès le départ, pensez à monter le niveau de difficulté car en mode normal le jeu est trop facile. Trop de gnomes de soin qui sont pourtant limités à sept cumulés sur votre personne. A ce niveau, le jeu se parcourt comme une promenade de santé et on lui reprochera surtout différentes maladresses (de développement ou choix volontaires ?).

Tout d’abord, si on note un jeu tout à fait stable, la caméra avec vue à la troisième personne, n’aime absolument pas que vous placiez votre personnage contre une paroi car elle se met à trembler, à croire que vous avez bu jusqu’à l’ivresse. Cela ne gène pas forcément dans le monde ouvert, mais dès que l’on entre dans les donjons, cela peut devenir gênant surtout durant les zones de plateformes. Sachant que certains niveaux n’acceptent aucune erreur sous peine de mort et retour à un moment en arrière que l’on ne choisit pas vu qu’il n’y a qu’une sauvegarde automatique, cela peut devenir crispant. Si ce n’est pas rédhibitoire, cela reste un problème majeur à corriger.

Ensuite, certains n’apprécieront pas le level scaling. Les ennemis ont le même niveau que vous, ce qui ne vous donne jamais l’impression de puissance. Sauf que comme le jeu est facile en mode normal, on ne ressent pas ce problème que l’on peut reprocher (ou pas) à un vrai action-RPG. Mais vous ai-je dit que ce n’était qu’un jeu d’action ?


On reprochera les techniques de combat qui se limitent à bloquer l’ennemi quelle que soit la façon que l’on se tient devant lui, puis à frapper quand il est déboussolé. En plus, en situation de blocage il est impossible de bouger comme il est impossible de tirer en mode Jet Pack. Les combats se déroulent donc toujours de la même façon, vu que l’on a que deux armes de contact qui évoluent uniquement en puissance avec vos pierres ou les coffres découverts. Et encore, le marteau, on ne s’en sert que pour ouvrir des passages obstrués par des pierres ! Il est dommage que les combats ne soient pas plus riches. Surtout que les créatures respawnent continuellement dès que vous quittez un lieu. Et c’est la même chose si vous mourrez. Tout comme les contenants que vous avez ouverts, sauf les coffres, qui seront toujours là.

L’IA des ennemis est très primaire. Si un objet gène leur passage, ils restent bloquer. L’arme de tir, si elle est bien boostée, est une vraie tornade mais limitée surtout par les munitions, mais comme on trouve des distributeurs un peu partout, cela n’est pas un souci. Enfin les téléporteurs très originaux ne fonctionnent pour l’instant que dans un sens (on ne peut revenir dans le monde, mais les développeurs ont indiqué qu’ils feront une correction prochainement). On pourra aussi signaler des combats un peu brouillons lorsque plus de trois ou quatre ennemis vous entourent.

Enfin, la gestion du jour et de la nuit, mais pas de la météo, n’apporte absolument aucun intérêt au jeu. Pour finir positivement, la musique et les sons sont de bonnes qualités.

A suivre …

Ce jeu que j’ai terminé en dix heures, je l’ai apprécié pour ce qu’il est : une franche rigolade qui ne demande pas à se prendre la tête. C’est beau, on se fait surprendre par l’humour et c’est bien défoulant. D’ailleurs, il n’en faut pas plus, car on finirait par s’ennuyer avec une redondance dans les combats, les ennemis, et les énigmes si on nous en proposait plus. Par contre, la fin totalement délirante, finit en eau de boudin – il fallait s’y attendre avec l’état d’esprit du jeu – et il faudra attendre un DLC/le 2 pour clore l’aventure/le bec de ce sorcier golfeur.

Si on a notre Monty Python du jeu vidéo, on a à faire à un jeu d’action aventure loufoque qui vous mettra de bonne humeur si vous appréciez l’humour délirant des développeurs qui s’en sont donnés à cœur joie. Cela marche bien pendant la dizaine d’heures de jeu que vous mettrez pour le finir en mode normal. Malheureusement, on trouve des défauts qui doivent être corrigés pour réellement obtenir un très bon jeu d’action. Quant à la partie RPG, circulez, il n’y a rien à voir.

On saluera le travail de ces développeurs qui proposent vraiment un monde original, amusant et surtout qui souffle un vent de fraîcheur dans un univers vidéoludique souvent trop limité à des stéréotypes conventionnels, qui se prend trop au sérieux.

+ Un univers comique.
+
Graphiquement réussi
.
+ Bons puzzles.
+ Combats parfois bordéliques, mais clairement jouissifs.
+ Un doublage narrateur sympathique.
+ Des téléporteurs qui pètent graves !

Note RPG06
Note testeur 07 sur 10

– Proche d’un mur, une caméra qui perd les pédales.
– Une IA des ennemis débiles.
– Pas RPG pour une once. Fuyez rôlistes, fuyez !

– Pas de VF
.
– Difficulté à revoir.
– Trop court et pas de fin.

Administrateur de RPG jeux vidéo. Très vieux Joueur depuis le siècle dernier. Testeur et rédacteur depuis 1999 de RPG, même les pires. Relecteur de traductions de nombreux RPG vidéo. Ancien président de RPGFrance, et ancien rédacteur de Dagon's Lair.
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