Suis-je finalement mort ? Je ressens pourtant encore la froideur de la pierre, et la douleur d’un combat encore trop récent à mon goût. J’entends également une voix, lointaine et familière… elle semble… m’appeler, m’entraîner dans un autre lieu, je réalise alors qu’il s’agit d’une incantation, on me téléporte ! Je me retrouve soudain chez une vieille connaissance.
Alors que je peine à me remettre de mon approche de l’au-delà, mon énigmatique mentor m’informe hélas que mes efforts pour vaincre le puissant mal dormant dans la Vallée des Mines et détruire la barrière magique ont entraîné une série d’événements catastrophiques : les dragons, puissantes créatures d’antan, et leurs séides sont réapparus et le temps nous fait défaut. Il nous faut à tout prix récupérer l’amulette d’Innos pour avoir une chance de stopper ces démons…. 

2002 : Morrowind déchaîne les passions. Alors que le petit monde du jeu de rôle et sa communauté ne semblent avoir d’yeux que pour le gigantesque Open World, sort discrètement en Allemagne la suite d’un RPG qui avait réussi à faire parler de lui en son temps, puis aux USA un an plus tard. Et bien que ne connaissant pas le succès du géant de Bethesda, le jeu Gothic 2 gagne sa réputation auprès des rôlistes de ces deux pays. Quant à nous français, privés du premier Gothic, nous verrons finalement ce second opus sortir en 2005 et pourtant, il faut le dire, le jeu est passé complètement inaperçu… Essayons de réparer cela. 

«He is weak, but he is alive : he’s back !» 

 Avant toute chose sachez qu’il n’est pas nécessaire d’avoir touché à Gothic 1 pour débuter cet opus de la saga, mais comme vous vous en doutez, jouez au premier et vous pourrez aborder le second avec un peu moins de questions en tête. L’aventure commençant exactement là ou s’était achevé de façon assez chaotique le premier jeu, nous retrouvons donc le héros du premier opus sobrement surnommé le héros sans nom, sauvé in-extremis d’une mort certaine, ou plus concrètement d’une centaine de tonnes de roches, par un certain Xardas, puissant nécromancien déjà rencontré par le héros lors de ses aventures passées. 

C’est parmi ces premières minutes de jeu que vous, joueur/se avisé/e, remarquerez sans doute certains détails. Déjà, il est impossible de créer son personnage. Vous commencerez automatiquement la partie avec ce sympathique héros dont le nom échappe encore aujourd’hui à tous. Et pour prévenir ceux ayant déjà fini le premier Gothic, retour au niveau 1. Les quelques désagréments survenus après le combat final du premier opus semblant avoir eu raison de la vitalité de notre brave gaulois. Ensuite, pour en finir au plus vite avec les aspects les plus fâcheux mais bel et bien présents du jeu, il s’agit de souligner les graphismes d’un autre âge, et l’animation de votre personnage, d’apparence si rigide.

Nombreux sont ceux risquant de perdre patience devant ce monde d’angles et de pixels, à diriger un automate mal huilé peinant à combattre, le tout avec une interface pas toujours très pratique pour ne pas dire souvent pète-bonbon. Pour autant, ce que vous retiendrez peut-être en ce début de partie est l’atmosphère si étrange semblant émaner de chaque recoin de la sombre tour de Xardas. Tel un fantôme, elle transpire d’une aura de mystère et de peur. De la mélodie associée à cet endroit, vous ne savez que penser : vous sentez les poils de votre nuque se hérisser, mais est-ce vraiment de peur… comment nommer ce subtile mélange d’émotions que distille cet endroit ? 

Ce que je viens de vous citer n’étant que mon impression sur le premier lieu offert par le jeu, je ne peux pas vous affirmer que l’effet sera le même pour vous, mais je ne pense pas exagérer (pas trop…) en disant que Gothic 2 possède une atmosphère phénoménale ! L’ambiance présente dans ce jeu raconte à elle seule une histoire. L’accompagnement sonore y est pour beaucoup, les musiques de Kai Rosenkranz étant toutes très belles, les sonorités retranscrivant à merveille l’essence même des lieux que vous traverserez, allant du sinistre au nostalgique, du terrifiant au rassurant, de l’épique au tragique. Chaque mélodie est d’une finesse extrême et ne manquera pas, j’en suis sur, de rester gravée dans vos têtes un petit moment.  

Chosen One Simulator

 Alors sans spoiler l’histoire, sachez qu’elle ne se limite bien heureusement pas à un banal sauvetage du monde. Si le but final du héros est bien de sauver les miches de tout le monde, les péripéties en elles-mêmes seront l’occasion d’être face à de nombreuses situations et de rebondissements intéressants, servis par une très bonne écriture et un univers très mature. L’histoire de la quête principale est structurée autour de six chapitres. L’importance de ces chapitres n’est pas tant le repère qu’ils offrent au joueur sur son avancée dans cette trame principale, elle se trouve aussi et surtout dans l’espace dans lequel évolue votre personnage.

Ce monde est peuplé de redoutables et maléfiques créatures susceptibles de vous faire la peau à chaque malheureuse rencontre que vous ferez… pour mieux les laminer par la suite. Heureusement, chaque nouveau chapitre corrige ce petit «problème» en remplaçant les ennemis devenus obsolètes par de nouvelles machines à tuer plus puissantes encore. En bref, cet astucieux système remplace efficacement celui d’un banal TES Oblivion et ses ennemis automatiquement adaptés à notre niveau.

Ainsi, avec des monstres dix fois plus puissants que vous à chaque début de chapitre, vous aurez une difficulté optimale… merci Piranha Bytes ! Comme vous l’aurez compris, la résistance des ennemis associée à la maniabilité ardue font de ses combats exigeants un jeu peu accessible pour les moins patients. Les combats sont difficiles, techniques et parfois très éprouvants…. S’il n’est au final que question d’avis pour dire si cette difficulté est un bien ou un mal, il faut reconnaître qu’elle atteint sur certains ennemis des sommets frisant l’impossible.   


Gothic 2 comme son prédécesseur a en effet cette particularité de proposer un avatar qui, bien que sachant se débrouiller, est privé de tout pouvoir lui permettant de massacrer à tour de bras ces faibles créatures que sont gobelins et loups, contrairement à ce que nous avaient habitués tant de jeux auparavant… Du moins au début, car les dernières heures de jeu sont l’occasion de réaliser votre montée en puissance en massacrant à tour de bras des dizaines d’ennemis, ce qui fait l’air de rien tout de suite moins réaliste…

Néanmoins en début de partie, le héros sans nom étant avant tout un homme, il sera difficile pour vos premiers essais de remporter les combats, la puissance d’une charge de sanglier furieux ou les morsures de loups seront donc mortelles et il vous est vivement recommandé de fuir les ennemis trop coriaces. Ennemis d’un bestiaire assez particulier, à l’aspect très préhistorique comme par exemple ces espèces de raptors vicieux increvables. 

Pour revenir à l’aire de jeu sachez que celle-ci est divisée en deux grandes régions, plus une troisième pour les petits veinards possédant l’extension, les terres environnantes de Khorinis et la Vallée des Mines, dans lesquelles vous évoluerez, alternant entre les zones au gré des chapitres. Le dernier chapitre se déroulant lui entièrement dans une ultime zone que je vous laisse le soin de découvrir …  

«Hey you !» 

 Penchons-nous maintenant sur les possibilités d’interactions entre notre héros et les PNJ. RPG oblige, des quêtes à foison seront au rendez-vous. Mais ne vous attendez pas à de banales et fades quêtes sans intérêt. De plus, chaque personnage qui compose une mission dispose d’une histoire et de motivations lui est propre. De manière générale c’est avant tout un monde vivant que s’efforce de nous fournir Piranha Bytes, et pas uniquement au travers de ses quêtes.

Car Gothic 2 propose au joueur une simulation sociale des PNJ réellement surprenante. Ici, tout est mis en scène pour que le joueur s’immerge dans cette ville où les gens parlent entre eux, ont un horaire, un travail, des loisirs, où la présence du cycle jour/nuit rythme la vie de bien des personnes : la journée au travail, la nuit à la taverne ou au lit. Il peut donc être intéressant de s’adresser aux différents PNJ rencontrés, pour débuter certaines quêtes bien sur, mais aussi pour s’informer sur le monde, ou obtenir une aide quelconque de leur part tout en sachant que la plupart du temps, vous réaliserez les missions tout seul.  Un autre système de jeu récurrent des jeux Piranha Bytes est la présence de trois factions sur l’île : les paladins d’Innos au service du roi occupant la ville maritime de Khorinis, leurs ennemis les mercenaires à la solde d’un riche propriétaire terrien rebelle retranché à l’intérieur des terres, et les magiciens du Feu, reclus dans leur monastère. 

Dès le premier chapitre, il vous sera demandé de découvrir et de rejoindre l’un de ces camps. Et avant que la question ne vous vienne à l’esprit, je vous arrête tout de suite : aucune faction ne vaut mieux qu’une autre moralement parlant. Malgré leur doux nom, les paladins se considèrent comme supérieurs à tous, réduisent aux travaux forcés dans les mines ceux se rebellant, tous en gardant leur image de défenseur du bien. Les mages de Feu sont des fanatiques décérébrés crachant leur haine sur tous ceux ne croyant pas à leur dieu, et je ne pense pas qu’il soit utile de vous dire que les mercenaires ne sont pas non plus les protecteurs de la veuve et de l’orphelin. 

Cette absence de manichéisme se retrouve finalement auprès de chaque (ou presque) fermier, citadin, bandit, badaud ou la méfiance, les injures et les agressions seront bien souvent tout ce qui attend notre pauvre sauveur du monde… Et oui, il y a bien la présence d’un grand Mal à combattre, mais aucune force du bien vers qui se tourner, rien qu’un monde tristement humain… En bref, tout est noir ou tout est gris, mais le blanc n’existe pas.  


Un avatar de RPG c’est comme une maison : ça se construit comme dans quasiment tout jeu de rôle. Votre avatar possédera des caractéristiques et des compétences ainsi qu’une montée de niveau via les points d’expérience récoltés après combats et quêtes. Vous aurez au cours de vos combats la possibilité d’avoir recours aux armes au corps-à-corps (une ou deux mains) ou à distance, à la puissance destructrice de la magie ou à l’art d’éviter tout bonnement un affrontement comme tout bon roublard qui se respecte.

Autre que les compétences de combat, sont également présents l’alchimie, la forge, la discrétion, le crochetage, le vol à la tire, etc. Si le nombre de compétences est donc correct, les caractéristiques se limitent hélas à la vitalité, au mana, à la force et à la dextérité. Mais le jeu se démarque de beaucoup d’autres jeux de rôle sur certaines de ses mécaniques. Ici point de choix de classe ou de compétences en début de partie : il vous sera possible d’avoir recours à toutes les manières de combattre, la seule limite étant votre degré de maîtrise de chaque compétence.

Exception faite de la maîtrise de la magie ou seuls les parchemins à usage uniques permettront à n’importe qui de lancer des sortilèges, la maîtrise des runes magiques nécessitant un apprentissage auprès des mages de feu. Ces compétences possédant plusieurs paliers de maîtrise pourront être apprises via des mentors, des PNJ pouvant moyennant finances vous les enseigner ou les améliorer. Notez cependant que bien que l’absence de classe permette une relative liberté à la construction de son personnage il existe certaines restrictions, vous empêchant d’atteindre le combattant ultime, que vous ne pourrez contourner. En plus d’une demande non négligeable d’argent à chaque acquisition de nouvelle compétence, il vous sera nécessaire de posséder des points d’apprentissage obtenus en quantité limitée à chaque niveau, la demande de points pour une compétence variant en fonction de celle-ci. 

Tout cela demande donc une gestion de votre personnage et de son expérience. Je disais plus haut qu’il vous était possible d’explorer les différentes voies de combat, mais sachez cependant que chaque faction fournira des enseignements et des équipements avancés qu’il vous sera impossible de récupérer chez autrui, et bien évidemment, vous ne pourrez choisir qu’une seule des trois factions. Les mages de Feu vous permettront de noyer les ennemis sous vos pouvoirs destructeurs et de convoquer des légions infernales, les mercenaires vous introduiront à l’art du bourrinage aux armes lourdes tandis que les paladins pratiquent grosso modo un mixte de magie et de combat au corps-à-corps. 

Pour finir, hélas sur un point négatif, un problème bien connu des jeux signés Piranha Bytes : la quantité astronomique de bugs que peuvent rencontrer ceux possédant les plus anciennes versions du jeu, bien que les différents patchs et l’extension viennent en partie régler ce problème.  

Que d’éloges sur ce jeu, et pourtant je ne suis même pas sûr d’avoir tout dit ! Pour autant il ne plaira pas à tout le monde, Piranha Bytes ayant toujours eu sa vision propre de ce que devait être un bon jeu de rôle et cela se ressent au travers de ce Gothic 2, pour le plus grand bonheur des uns… et pour la plus grande indifférence des autres.
Enfin le jeu en tant que tel n’est pas exempt de défauts, il a de plus assez mal supporté le poids des années. Heureusement ses qualités, elles, n’ont absolument pas souffert du temps écoulé depuis sa sortie et lui permettent aujourd’hui encore d’être un excellent jeu à faire et un grand RPG à vivre. 

+ Une ambiance inimitable accompagnée de mélodies fantastiques
+ Un jeu exigeant…
+ Une trame scénaristique et des personnages intéressants
+ Un monde vivant et cohérent
+ Certaines mécaniques de jeu originales
+ Une durée de vie solide

Note RPG 4 sur 5
Note testeur 09 sur 10

– Animations rigides et graphismes d’un ancien Age
– … à la difficulté parfois frustrante
– Impossibilité de créer soi-même son avatar
– Des bugs (à foison pour les plus malchanceux)

La vision de Killpower :
Sans être aussi dithyrambique que Nallitsac dans son test, il est important de comprendre que la série Gothic a une approche du RPG beaucoup plus simulationniste que les RPG en général.
En effet, dès le départ, vous allez buter contre la difficulté du jeu servi par une réalisation chaotique et des graphismes 3D d’antan. La maniabilité, la rigidité du personnage, l’utilisation de la souris vous posera problème et il vous faudra dépasser tous les soucis techniques pour enfin découvrir la perle qu’est Gothic 2.
Petit à petit, en apprenant des compétences (dépeçage), vous débloquerez des actions supplémentaires qui enrichissent le jeu et qui de prime abord ne semblaient pas exister.
Petit à petit, vous allez découvrir un univers (presque) vivant avec une construction narrative des plus immersive, mais vous allez souffrir devant la difficulté.
On aime ou on aime pas le côté “simulife” de ce RPG, mais si on adhère, on en a pour son argent. A 50 heures la partie, avec une rejouabilité due à votre orientation ou à votre intégration dans une faction plutôt qu’une autre, je peux vous assurer que tous les défauts disparaissent devant tant de qualité.
08/10

La vision de Dagon :
(Ce minitest a été écrit et publié sur le site Dagon’s Lair. Avec l’aimable autorisation de son auteur).
Pour ceux qui ne connaissaient pas Gothic 1, je vous conseille de vous référer à mon test de l’époque, ce qui vous donnera une bonne idée de la bête. Le premier du nom était une surprise immense au vu de sa grande jouabilité, de la liberté offerte au joueur, de son scénario, bref, de sa grande qualité. Quoi de neuf avec le second opus ? Eh bien le jeu poursuit l’histoire commencée au moment où on s’était arrêté. La barrière magique est détruite, et le personnage principal, sorti des décombres par Xardas le nécromant doit faire face à une nouvelle menace.

Techniquement, le jeu utilise le même moteur graphique, mais avec l’évolution technique des cartes 3D, les modeleurs s’en sont donnés à coeur joie. Les décors sont en général bien plus détaillés et quelques endroits poussent mon P4 2.4 avec sa geforce 4TI4200 dans ses derniers retranchements. Bref, c’est beau, et vu le niveau de détail, les programmeurs n’ont pas à rougir de leur moteur vieux de 2 ans. Question interface du jeu, celle-ci reste toujours un peu déroutante au début, mais elle a été subtilement et intelligemment améliorée. Le système de combat reste le même, avec un système basé sur le choix et la synchronisation des coups portés. La bonne dextérité du joueur est utile, mais pas fondamentale.  Le dosage de la difficulté est mieux réussi que dans le premier.

Le scénario, s’il reste très intéressant, est malheureusement plus classique et moins riche en rebondissements que dans le premier épisode. J’ai un petit peu moins accroché. D’un autre côté, le jeu est moins linéaire, ce qui est très agréable. La progression du personnage, est toujours aussi intéressante, et après quelques niveaux, le choix entre Paladin, Chasseur de Dragons (guerrier) ou Mage du feu sera possible.

Globalement le jeu est plus complet que le premier. L’équipe de Pyranha Bytes commence à être bien rodée et ça se sent. Les métiers sont diversifiés, les classes de personnages plus équilibrés, l’agenda des personnages est toujours plus riche (certains monstres aussi ont leur emploi du temps !). Les points négatifs: on sent que certaines parties du jeu ont été bâclées : on constate la disparition des mages de l’eau (à une exception près), certaines parties du jeu n’ont pas été traduites de l’Allemand (?!), et 2-3 gros bugs, pourtant évidents, seraient à éliminer.

Enfin qui aime bien châtie bien ! Pour ma part j’ai adoré Gothic 2. Il   reste un incontournable, et, même s’il est légèrement inférieur au premier du nom, reste un chef d’oeuvre. Pour moi, la série des Gothics est appelée à devenir une référence du genre tel Ultima.

Graphismes et sons : 5/5 – Interface de Combat : 3/5 – Scénario : 4/5 – Jouabilité (fun) : 5/5
08.5/10

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