Vous aimez les jRPG ? Si vous avez répondu oui ou non, félicitations, vous êtes tombés dans mon piège, les jRPG, ça n’existe pas ! Toute votre vie est un mensonge si vous êtes fans du genre, et si vous êtes fans d’Assassin’s Creed Origins en pensant être fan de RPG, votre vie aussi est tout autant un mensonge, mais c’est pis encore si vous êtes fans des prétendus RPG du Soleil Levant. La vérité vraie, la seule qui compte, édictée par le grand, le beau, le puissant, l’homme qui a quarante centimètres de tour de bras, Marcheur, c’est que les RPG, c’est précis, c’est quelque chose d’important et de beau. Mais je m’égare. Aujourd’hui, on va parler d’Edge of Eternity, un jeu français développé par un studio qui porte le sobriquet de “Midgar Studio” et qui, vous le devinez, est un peu fan de Final Fantasy, mais aussi de tout un tas d’autres jeux d’aventures action ou tactical selon les franchises.
On sait que le peuple de l’hexagone est généralement plutôt Japanophile et l’amour que le studio porte aux jeux de l’Archipel est attendrissant. Oui, c’est un peu mignon de voir des gens à ce point assumer et afficher leur fanatisme jusqu’à nommer leur compagnie en l’honneur de Final Fantasy VII. Fort d’un développement sur plus d’une décennie, d’un Kickstarter réussi et d’une édition via Dear Villagers, le produit de cette passion nous parvient enfin entre les mains. Et que dire ? Et bien, c’est un premier jeu, pour le pire… mais peut-être aussi pour le meilleur. Eh, qui sait, moi en l’occurrence, mais je conclurai plus tard. Les préliminaires d’abord, je sais que vous aimez ça.
Cinquante Nuances de Riz
C’est très stéréotypé, limite raciste, mais j’ai pas trouvé mieux (et je voulais pas !), Edge of Eternity est un sacré pot pourris. On peut y voir du Final Fantasy, du Xenoblade Chronicles, ou encore du Vagrant Story. En fait, tout le spectre du jeux d’aventure / action / tactical Japonais des années 90 à 2000 y passe. Tant et si bien qu’au bout de toutes ces influences, Edge of Eternity ressemble artistiquement à une digestion plus ou moins habile de tous ces softs que ça soit sur le plan visuel, sonore, ou atmosphérique. Bien sûr, quelques influences survivent et surnagent un peu mieux au dessus de la soupe : notre héros a la gueule de Noctis, le monde évoque dans son level design un croisement entre Final Fantasy XV et Xenoblade Chronicles, et les systèmes de jeux évoquent les Final Fantasy de l’époque PS1 avec des notions pas inintéressantes extraites des tacticals. Globalement, je dois admettre que cet ensemble, bien qu’évidemment dérivatif et inspiré, s’avère tour à tour un peu amateur, et parfois, pas loin du sublime (attendez de vous retrouver dans la vraie première zone ouverte pour vous prendre une belle gifle des familles après des environnements dignes de moddeurs un peu talentueux !). Là, je parle du visuel, mais je pourrais surtout parler des combats qui, eux, bien loin d’être amateurs, sont dignes de la mention “bien”.
Le système de progression, à base de niveaux d’expérience traditionnels et de gemmes à enchâsser dans les armes (pensez aux matérias de Final Fantasy VII et vous serez proche de la vérité), qui modifient les attributs et octroient quelques compétences actives en combat, fonctionne plutôt bien. On n’a pas trop de temps à passer dans les menus, et Edge of Eternity ne rompt pas trop son flot par la même occasion. Tant mieux, parce que des interruptions via dialogues et cinématiques, il y en a, et parfois pas fameux.
En effet, les cinématiques sont un peu plates, et les échanges vont du très convenables, en passant par le bien écrit, et les bizarreries lunaires pas aidées par une traduction française (on parle d’un studio français bordel !) parfois très maladroite. D’ailleurs, les points d’interrogations ont disparu. Si si, j’en ai pas vu un seul dans le jeu.
Les musiques ? Boarf, elles sonnent Japonaises, ça sonne un peu comme Xenoblade Chronicles ou Final Fantasy, mais c’est moins inspiré, ça emporte moins. C’est joli et sympathique, mais ça manque un peu de relief, d’identité propre. Je ne crache pas sur quelques belles envolées à l’occasion, et il y en a.
Studio Français recherche scénariste correct
Par combien de reboot est passé cette histoire ? Par combien de fois le studio Midgar a dû réécrire son prologue et retaper son récit ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est qu’au bout, cette histoire de pays en guerre avec une maladie qui décime la population et décide notre héros soldat traumatisé à déserter avec l’aide de sa soeur la prêtresse, pour trouver un remède, la maladie touchant également leur mère, m’inspire autant d’originalité que l’histoire d’Avatar : un bon gros nothing burger. J’aime bien les échanges entre nos protagonistes, j’aime bien quelques répliques, mais tout sent un peu le resucé, le déjà dit, déjà fait, un peu comme si Edge of Eternity était un pastiche de tous les jeux dont il s’inspire … Ah bah merde alors.
En effet, le jeu de Midgar EST un pastiche. C’est assumé de partout, ça dégouline par tous ses pores : il ADORE les jeux d’aventure Japonais des années 90 – 2000. Il les aime, et il les aime même tant, qu’il se refuse de trop s’écarter du sillon. Alors, il a des différences comme le système de combat, l’écriture générale, quelques nuances de direction artistique, mais il veut être ce grand mélange, ce grand hommage à Final Fantasy et Xenoblade Chronicles. Il l’est tant et si bien qu’il dégage une formidable candeur, un désir ardent d’inscrire sa trace dans l’histoire d’une longue tradition. Bien sûr, pour le faire, encore faut-il en être digne.
Et pour le décréter, il faut probablement un peu d’autorité, difficile d’adouber quand on est soi-même pas forcément fanatique de cette historique. Mais en tant que joueur occasionnel des Final Fantasy et amateur tout à fait assumé de Xenoblade Chronicles (oui, même du X !) je dois dire que je trouve ce Edge of Eternity… très honnête. Et ça n’a rien de particulièrement méprisant. C’est un jeu honnête dans sa démarche, droit dans ses bottes, ambitieux malgré la petite équipe derrière lui et l’usage du moteur Unity pour le développer. Je le trouve courageux, voire même bravache. Il a beaucoup de candeur, beaucoup de lumière, beaucoup d’envie. Il a subit mille et une critiques au cours de son développement. Des moqueurs et détracteurs par centaines qui se sont foutus de la gueule d’un projet trop gros pour ses réalisateurs, trop ambitieux pour exister dans une forme satisfaisante pour les rêves de ses créateurs. Et finalement… Eh bien il ne s’en tire pas si mal.
D’accord : c’est mal optimisé, y a des textures dégueulasses, l’image paraît souvent dégradée, l’IA n’est pas géniale, l’histoire est oubliable, la traduction n’est pas bonne. Tout dégage une impression de pas tout à fait finalisé mais, mais, mais… c’est super impressionnant. Edge of Eternity intègre un système de météo complexe (neige, pluie battante, bruine, brouillard), ou encore un cycle jour-nuit complet, qui influe sur le comportement des animaux qui se baladent dans le monde. Les zones sont vastes, il y a de nombreux puzzles, pas mal de quêtes relativement travaillées par rapport à la norme du genre et les combats sont bons. C’est vraiment un jeu copieux en plus, trente heures pour la ligne droite, le double pour le tout, et il coûte moitié moins qu’un jeu à gros budget alors que sur quelques aspects, il se défend vraiment bien.
Edge of Eternity, est à l’image du héros de Shonen : moyen. Bravache, courageux, impulsif et plein de bonnes intentions. Alors bien sûr, il vient avec son lot de défauts, de problèmes en tous genres, mais il a ce truc, cette petite étincelle de vie qui jaillit du projet parce que derrière sa création, il y a une équipe qui la rêvait très fort. S’il n’est certainement pas LE jeu absolument digne de ses inspirations, il n’a pas à rougir parce que dans ce qu’il accompli, il y a du beau, il y a de la volonté, de la passion, et un résultat final, malgré tout, tout à fait plaisant. Il ne peut prétendre à une très haute note, mais je lui témoigne toute mon affection.




Merci Marcheur pour ce test mitigé. Je retiendrai les quarantes centimètres…. 😉
J’ai tenu 2h sur ce jeu….. J’ai trouvé ça insipide. Le terme est méchant, et je ne crache pas sur le studio, mais bordel, je ne lui trouve aucune personnalité. Ceci étant dit, si le studio se sent pousser des ailes pour un retour fracassant dans le milieu du RPG, je serais présent.
J’ai exactement la même sensation que toi Marcheur. Un jeu qui part dans tous les sens et qui ne trouve pas sa propre identité. Je pense même que les développeurs ne savaient pas dans quelle direction, ils allaient car le jeu a tellement changé depuis ses débuts.
Merci pour ce test.