Dans l’histoire récente du Jeu Vidéo, peu de titres semblent avoir suscité une aussi vive attente qu’Elden Ring, dernier né des écuries de From Software. Vendu comme la nouvelle franchise d’Hidetaka Miyasaki sur une idée de G.R.R Martin (Monsieur Game of Thrones, au cas où) en monde ouvert, le public a été instantanément fan de cette production, si bien que le jeu était plus ou moins plié avant que le titre ne sorte : ça allait être un carton colossal. Pour preuve, tout le monde a esquivé la sortie d’Elden Ring à part un courageux (mais médiocre) Dying Light 2 lorsque la production de From Soft a décidé d’embraser le monde en février 2022. Depuis, sacrement de jeu de l’année, plus de vingt millions de copies vendues, Elden Ring est désormais un jeu plus puissant et célèbre qu’un certain Cyberpunk 2077 pourtant bien plus marketé.
Mais, eh, entre nous, nous sommes ici pour parler jeu vidéo, gameplay, innovation, ambition, tout ça, et se poser une seule question : qu’est-ce que ça vaut Elden Ring ? Parce que si nouvelle licence = nouvelle idée, on est en droit de se demander si un jeu qui ressemble quand même énormément à une suite en monde ouvert de Dark Souls III n’aurait pas gagné à être plus… original ? Mais peut-être que cette parenté n’est qu’une histoire de forme et que dans le fond, le dernier jeu de Miyasaki est une tuerie intersidérale et un grand jeu qui modifie en profondeur le paysage du JV. J’sais pas, on va voir ça !
Parlons nouveautés : parlons neuf !
Elden Ring n’est en tout cas pas Dark Souls IV. Les polices d’écriture sont similaires, pareil pour les temps de chargement, pareil pour le recyclage de nombreux assets, pareil pour le moteur hérité de la franchise, pareil pour les thèmes et l’iconographie ainsi que la narration cryptique et aussi pareil pour le système de progression et de combat, mais non, ce n’est pas Dark Souls IV. On rentre dans le vif du sujet : dans le lard du problème comme je peux aussi m’amuser à dire, parce que le gras est le problème majeur d’Elden Ring, mais avant de disséquer cet aspect, on va posément se demander ce qui fait la “marque de fabrique » d’Elden Ring.
Alors, on peut dire que contrairement à Dark Souls III : on peut sauter et on peut s’accroupir. Intéressants empreints à Sekiro : Shadows Die Twice, précédente création du studio, si le premier ajout permet de briser le manque de verticalité des actions possible de notre avatar et donne un petit coup de neuf aux déplacements, la seconde option est bien moins intéressante car globalement, rien dans Elden Ring n’est conçu pour inviter à la furtivité sauf rares cas où vous aurez l’opportunité de faire une attaque en traître.
Passer cela : Elden Ring introduit un cheval spectral qui permet de se déplacer plus rapidement. Nouveauté qui aurait pu sentir l’opportunité facile de se distinguer des autres Souls, je dois reconnaître que le canasson est particulièrement agréable à contrôler : il est rapide, autrement plus nerveux que votre personnage, et permet de mener à bien quelques joutes montées plutôt abouties contrairement à l’essentiel des autres mécaniques de combat à cheval des autres jeux en monde ouvert.
Cette nouveauté introduit beaucoup plus de verticalité (le cheval peut faire un double saut) et surtout, permet de parcourir plus rapidement de très vastes espaces dont la grandeur et le l’atmosphère désolé et aride rappelle à bien des aspects un certain Shadow of the Colossus (ce qui ne surprendra personne, Demon’s Souls s’inspirait déjà d’Ico de Fumito Ueda). C’est d’ailleurs le cheval et le world design général qui remporte mon plus grand enthousiasme vis à vis de ce que j’attendais d’une nouvelle franchise de From Software : un peu de fraîcheur, tout de même !
Petite volée sur le monde ouvert : pour un coup d’essai (même si on y reviendra…) les équipes d’Hidetaka Miyasaki ont directement été voir ce qui s’est fait de mieux en la matière : Skyrim, Zelda Breath of the Wild et -rendons à César ce qui lui appartient- les productions de Piranha Bytes. Le monde est vaste, intelligemment découpé afin de permettre une belle densité de contenu, avec des biomes nombreux et travaillés, et une belle science du panorama qui nous permet de profiter de quelques vistas bien convaincantes digne d’un Dark Souls III déjà généreux en la matière.
Le monde ouvert et ses “zones” sont bien évidemment connectées entre elles. Bien sûr, on est loin d’un Dark Souls premier du nom, mais à l’occasion, au détour d’un raccourci, la cohérence de l’univers d’Elden Ring arrache un joli petit sourire satisfait.
Est-ce que ce monde ouvert apporte autre chose à l’expérience ? Oui : en multipliant ainsi les zones principales comme secondaires et en offrant aux joueurs un important contenu annexe, From Software garanti au moins talentueux d’entre nous beaucoup de possibilités d’améliorer son personnage afin de triompher des plus importantes épreuves de Dark Souls IV… d’Elden Ring, ce qui atténue largement la courbe de difficulté autrement ardue des précédents jeux du studio.
Parlons soupe au lait : parlons du fait qu’on joue au même jeu depuis treize ans !
C’t’un peu brutal mais c’est comme ça que j’aime l’écrit : quand il ne se perd pas en préliminaires ronflants et qu’il va au fond des choses. Vous y voyez une formule salace ? Vous avez raison !
Vous avez joué à Demon’s Souls ? Eh bien vous pouvez jouer à Elden Ring sans trop avoir à vous acclimater. Les statistiques sont les mêmes, les animations aussi, l’esthétique en est très proche (on aime les teintes ternes et désaturés chez From Software, on aime quand c’est en ruine et quand on évolue dans une civilisation décadente et déliquescente aussi) et la narration est toujours aussi cryptique à base de “Vous êtes le -insérer nom générique d’avatar mystérieux- et vous devez vaincre les Seigneurs de -Cendre, Elden, Braise, insérez là aussi un concept poétique, évocateur et mystérieux- afin de rallumer la vie dans ce monde et raviver un cycle.
Vous l’avez ? Bien : je tiens à vous dire que l’on va faire ça pendant encore de nombreuses années, car l’obsession d’Hidetaka Miyasaki c’est la transmission et lutte entre les générations : nous sommes condamnés à défaire, puis refaire, le monde de nos aînés, et vous en tant que joueur, être toujours l’instrument du jeu du destin. Vous trouvez ça un peu facile comme structure ? Eh bien ce fut la même dans Demon’s Souls, Dark Souls I, II et III (et Bloodborne au passage aussi, hein), et c’est aussi le cas dans Elden Ring.
Miyasaki avait pourtant dit qu’il ne souhaitait pas refaire de Dark Souls, mais dès qu’il a la possibilité de vraiment acter la rupture après un Sekiro raffraîchissant, Miyasaki revient en pilote automatique et nous offre, à nouveau, la même, putain, de chose.
Mais cette fois sauce open world ! Alors réjouissez-vous, cette fois ça ne durera pas trente heures, mais plutôt soixante, voire cent si vous voulez écumer l’Entre-Terre (très jolie et inspirée au passage) et gravir l’arbre monde (Yggdrasil ? Non, non c’est l’arbre monde) est-ce que tout ça est bandant ? Eh bien…
… un peu.
Un peu quand même parce que From Software tout en étant rentier d’une formule connue et maîtrisée de son publique, abreuve son soft de contenu. Des armes en pagaille, des sorts, des cendres de guerre, des boss, des zones, des armures, des builds possibles en grand nombre et désormais mieux équilibré : quantité de contenu pour enrichir une formule déjà largement éprouvée qui profite ici et là d’ajustements : une caméra qui bénéficie des plans plus larges et d’un espace de jeu plus vaste, un rythme globalement bien tenu, des contrôles encore un peu plus précis grâce au soixante images seconde sur nouvelle génération; tout ça est sympathique.
Sympathique comme certains passages qui évoquent les meilleurs moments d’un Dark Souls III, avec un casting de boss majeurs qui s’en sortent bien en termes de capacité et de design. On compte aussi quelques environnements estomaquants qui laissent une mémorable impression. Si parfois, on sentait qu’esthétiquement, Miyasaki voulait que son œuvre soit aussi ambitieuse que Berserk de Kentaro Miura : ici on y est, c’est bon, somptueux, gothique et baroque à la fois, saisissant.
Elden Ring c’est une grosse, très grosse dose de Dark Souls dans un monde ouvert maîtrisé, avec du contenu en plus et du recyclage de boss et mob fréquents dans le contenu annexe, qui dilue un peu la formule, mais pas non plus trop. Un genre d’équilibre dans le “Souls-lite” qui prend quand même mais enlève aussi beaucoup de la… fureur et du désespoir qui caractérisait les anciens jeux du studio.
Avec cette structure plus ouverte et moins étouffante, toutes les victoires paraissent… un peu banal. Et c’est logique, on a éprouvé cette formule nous même déjà au moins quatre fois, et on commence à faire le tour, donc quand on fait le tour d’Elden Ring, on a bien plus vite conscience de ce sur quoi tient l’édifice.
Un pas grand chose qui s’appelle “la rente de la gloire” et un travail toujours sérieux, toujours habité, mais semble-t-il moins qu’avant, par un From Software qui compte davantage avancé vers un plus, que vers un mieux.
Preuve en est pour moi : la bande son. Travaillée, plus longue qu’avant, mais elle aussi, sans éclat, comme notre protagoniste dont le destin ne semble plus aussi tragique que par le passé, parce que cette fois, il refait la même chose que les précédents, mais c’est le cinquième, et au bout d’un moment, on se lasse.
J’ai donc passé un bon, et long moment avec Elden Ring, forme d’accomplissement de la formule Souls, comme Dark Souls III en son temps, mais cette fois en monde ouvert. C’est d’ailleurs tout le problème, sans être une copie carbone, Elden Ring justifie assez mal la nécessité d’avoir créé une nouvelle licence pour y raconter, faire, et accomplir les mêmes choses. Son récit, sa structure, et désormais sa formule sont universels, récupérés et réappropriés par des développeurs de plus en plus nombreux qui commencent à en faire des sauces bien différentes, et Elden Ring apparaît comme un Souls classique, vaste et généreux, mais malheureusement trop gras pour bénéficier du rythme et de la fureur de ceux qui l’ont précédé.
Reste un gros jeu, intéressant malgré tout, superbe bien que souffrant d’une technique un peu défaillante, difficile de lui reprocher de n’être que le haut du panier, mais je pense qu’on est en droit d’attendre mieux de From Software et de Miyasaki. Le frais sera toujours préférable au plus, et Elden Ring est en effet le roi du plus, voire celui du trop.


[logora-synthese]


Merci Marcheur de l’avoir fait ! 😀 C’est une master piece du jeux vidéo.
Perso, j’aurais dis du pas assez. Pour moi Elden Ring c’est 330 heures de jeux et je le relancerais certainement un jour pour aller au 400 😀
Ces atouts être un Zelda pour adulte, ça faiblesse ne pas avoir un journal de quêtes, ni de suivi de quêtes (..) et d’avoir des boss redondants (ça c’est très moche) et finalement d’avoir un système de niveau comme les darks souls assez discutable (..) Ca marche pour la première fois ou on termine le jeu, après c’est direction zone de farming (..)
Ok ça hype une partie des joueurs de découvrir les choses par eux même, ou d « inventer » le lore. Perso je trouve que ça appauvrit fortement le récit face aux autres jeux du genre. Il faut donc aller utiliser les guides sur internet, ou les joueurs ont collectés la donnée pour comprendre les différents mécanismes du scénario.
Finalement pour avoir parcouru chaque centimètres carré, le jeu une fois qu’on a compris sa construction n’offre quasiment plus de surprises. Il est donc inutile d’explorer tt les bords, fourrés, etc.
Merci Marcheur du retour. Merci aussi code34.
Merci Marcheur pour ce test. Toujours hâte de te lire !