Wolcen Lords of Mayhem, dénommé Umbra en 2015 lorsque le projet a réussi sa campagne Kickstarter avec plus de 400 000$, est un jeu français qui peut se placer au sein des grosses productions existantes, dans le monde des hack’n slash. Le podium étant tenu par des Diablo 3Path of ExileTorchlight 2 ou encore Grim Dawn à l’heure actuelle, aura-t’il sa place parmi eux ? Eko Software, un autre studio français, avait bien tenté de les approcher avec son Warhammer Chaosbane, mais le manque de contenu et de richesse lors du lancement, les arrêta net. Wolcen Studio a pris son temps, et changea d’orientation au fur et à mesure que le projet avançait. Avec cette sortie définitive, ont-ils trouvé enfin leur voie, le bon gameplay et le bon univers ? Là est la question à laquelle on va essayer de répondre.

A noter qu’on ne va vous parler que de la partie campagne dans ce test, car les serveurs online ont connu d’énormes problèmes, cela étant dû à l’afflux de joueurs, ce qui n’était pas prévu par le studio (!).

Tout d’abord, il s’agit de choisir le sexe de votre personnage et de le personnaliser un minimum (faciès, couleurs, pilosité, nom …), puis votre archétype selon trois orientations possibles : “magie”, “mêlée” et “à distance”. Sachez que ce n’est pas votre personnage que vous allez faire évoluer (même si vous augmenterez les 4 caractéristiques de votre personnage et la roue du destin à chaque passage de niveau qui en compte 90), mais les “enneracts”, des espèces de sorts, que vous trouverez dans votre aventure. Vous pourrez donc à tout moment changer de style de combat au gré de votre aventure. 

Vous choisissez ensuite votre mode de jeu, soit “histoire”, le mode facile qui vous permettra de visiter le jeu et de profiter de l’aventure sans vous soucier des combats, soit le mode “normal”. On s’étonne de ne trouver que deux modes de jeu et pas de mode “hardcore”. On est dans un hack’n slash, bordel et c’est l’un des critères de ce type de jeu. Vous cliquez ensuite sur “campagne”, seul mode sélectionnable et vous pouvez commencer.


Enfant d’une fratrie de trois, vous avez été recueilli par un chef inquisitor qui vous a appris les ficelles du métier. Dans la dureté d’un apprentissage militaire et religieux strict, il est temps aujourd’hui de faire vos preuves alors que vous partez aux combats. En cours de route, vous êtes confronté à un événement inattendu : un démon en veut à votre vie et sans crier gare, vous vous transformez en un être dont on ne dira rien, mais qui fera douter votre famille de votre pureté. Il s’agira là, à travers trois actes de comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire, tout en sachant que si elle est linéaire et sans choix possible – on est dans un hack’n slash quand même – elle ne sera pas de tout repos et vous apportera moult rebondissements familiaux, et accessoirement vous sauverez le monde. 

Lorsque vous serez secondé par un compagnon, la discussion s’engagera automatiquement et cela vous permettra d’avoir un peu de background sur les relations entre personnages. Attention à ne pas croire que vous pourrez les contrôler ou encore voir leurs caractéristiques ou leur inventaire, ils sont autonomes et ne sont là que pour vous donner un (petit) coup de main, et dialoguer avec vous. 

Les cutscènes sont très nombreuses et très appréciables avec des vidéos faîtes grâce au moteur du jeu, le CryEngine, qui, on peut le dire sans gène, assure grave. Beauté, effets et qualité sont au rendez-vous et vous allez en prendre plein les yeux avec une myriades de détails. On sent que les développeurs maîtrisent le sujet et que l’on va passer un bon moment dans cet univers dark fantasy. Esthétiquement il est beau avec à chaque changement d’équipement dans votre inventaire, un changement sur votre personnage. Les animations aussi sont très jolies et c’est une grande joie lorsque la boucherie commence.

On peut aussi dire que si les actes 1 et 3 sont assez fades en fin de compte et mélangent les environnements à foison sans que l’on est le temps de les apprivoiser, le second est appréciable, avec un côté organique sanglant. On n’en dira pas plus, mais l’univers est sombre à souhait, sale, dark, adulte et grâce à cette campagne, Wolcen Lords of Mayhem pourrait très bien se prendre pour le 4ème opus de la licence Diablo, s’il n’y avait pas ce manque d’espace dans les passages avec souvent des couloirs à deux ou trois embranchements, qui restent tout de même très linéaires.

Sur notre long périple, on trouve aussi des donjons très courts, dont les accès sont placées aléatoirement sur les niveaux de la campagne,  ils sont trop simples et les objectifs fedex, qui consistent à tuer des créatures. On en ressort par téléportation avec une récompense d’objet rare. Des coffres parsèment aussi votre parcours, tout comme des contenants que vous vous ferez un malin plaisir de détruire. En route, on croise parfois des marchands ambulants qui attendent. C’est pratique pour commercer, ce qui nous évite une sortie du niveau pour une téléportation dans la ville. 


Avec une vue isométrique, la gestion du personnage se fait à la souris, le bouton gauche pour faire une attaque dépendant de votre arme et le bouton droit pour lancer les effets de votre premier enneract (un sort en fait). Il gagne aussi de l’expérience qui leur permettront d’évoluer. Chaque archétype de personnage fonctionne avec ses propres énergies et il vous faudra charger ses dernières pour pouvoir lancer vos sorts. Ces derniers peuvent aussi avoir des temps de rechargement durant lesquels vous ne pourrez pas vous en servir. La touche “espace” vous permet d’esquiver, et ce n’est possible qu’un nombre de fois limité durant un temps donné.

Les touches “A” et “Z” permettront d’utiliser deux types de fioles au choix, et la touche “R” de prendre votre forme “apocalypse” sachant qu’il en existe 4 avec chacune leurs propres capacités. Cette forme n’est accessible qu’après avoir rempli leur jauge d’énergie et ne sont utilisables que rarement. Donc à n’utiliser que lorsque vous affronterez des boss de fin d’acte j’ai envie de dire. Mais l’utilisation de cette possibilité tombe un peu à l’eau car ces derniers ont la fâcheuse tendance à “renaître” plusieurs fois sous différentes formes durant la fin des actes.  

Chaque sort est restrictif d’un type d’arme, donc si vous changez de style de jeu, un arc à la place d’une épée, vous ne pourrez plus les utiliser. On vous conseille plutôt de vous spécialiser dans un type d’arme durant votre partie si vous voulez aller loin dans l’aventure. Vous ne trouverez pas les sorts les plus puissants en début de partie, donc il y a du renouvellement et ça c’est un bon point.  Mais pourquoi avoir limité les enneracts à des classes d’armes ? Il n’y a aucune limitation au niveau de la classe des personnages mais au niveau des armes. Pourquoi un archer ne pourrait pas avoir des zombies comme compagnon ? Et du coup si je veux en avoir un je dois avoir un pistolet avec un catalyseur dans l’autre main. Mais si vous optez pour un bouclier, avec votre pistolet, terminer le compagnon… Donc vous extrêmement dépendant de ce que vous looter. 

Quant à la roue du destin, elle vous permet à chaque passage de niveau de votre personnage, de mettre un point dans l’un des très nombreux nœuds qui vous donnera des bonus passifs, voire une capacités passives ultimes. Vous gagnerez aussi 10 points à répartir dans vos 4 caractéristiques définissant votre personnage. Mais rien de bien folichon. Un point important cependant : le vocabulaire est atypique pour un jeu de ce type, alors qu’il aurait pu être préférable de reprendre celui des ténors pour ne pas se compliquer la tâche. M’enfin, les spécialistes s’y retrouveront.  

Le rythme est plutôt lent en ce début de partie et c’est en avançant un peu qu’il va s’accélérer. D’autant plus que plus on avance, plus les ennemis sont nombreux, avec des batailles épiques avec moult créatures. Sur ce point, Wolcen met la barre très haut dans l’immersion contrairement aux autres qui vous proposent de combattre des légions de monstres par paquet de demi-douzaine. A des moments critiques, ce sont des centaines qui vont parfois vous assaillir…

Et si le moteur de jeu ne sourcille pas, le dosage de la difficulté n’est pas bon. Alors que tout du long de l’acte, les créatures seront de la chair à canon et une visite de courtoisie, les boss de fins d’actes sont extrêmement durs, voire pénibles et vous feront jeter l’éponge plus d’une fois … et quelle que soit le mode de difficulté. Le mode histoire est tout autant punitif (!). Lorsque vous mourrez, vous aurez le choix de repartir du lieu ou vous êtes avec trois chances avant de recommencer le niveau. Alors il faudra prendre son temps pour monter ses enneracts et surtout chercher l’objet unique ou légendaire qui va bien. 

Car comme dans tout bon hack’n slash, Wolcen est riche en loot. Votre personnage pourra avoir un équipement similaire à celui que vous avez dans Diablo 3, et il existe des degrés de rareté pour les objets. De plus, il est possible de les sertir avec des gemmes pour en augmenter la puissance et de les teindre par la suite si vous voulez les personnaliser ou encore de les muter pour obtenir des capacités différentes. On appréciera d’ailleurs que lors des fins de missions, on nous propose un panel de récompenses parmi lequel on choisira celle qui nous intéresse le plus.


Divers marchands spécialisés vous permettront d’acheter et de vendre vos trouvailles, de transformer vos enneracts en énergie pour booster ceux que vous utiliser, d’extraire les gemmes de vos équipements, et votre coffre vous permettra d’entasser votre matériel, coffre commun à tous vos personnages. 

La musique est tout à fait convenable, mais l’audio reste en anglais ce qui est bien dommage pour un jeu français, même si on imagine bien qu’il était préférable d’avoir un jeu dans la langue de Shakespeare pour l’international. On notera des fautes ici et là, des oublis de mots, des mots en anglais, ou encore des règles de typographie française fausses. A croire qu’il a été écrit en anglais puis traduit en français. Et puis, même sa page Steam reste en anglais, un comble quand même !? Pas de bug et ça c’est top. mais il aurait été malvenu après le long accès anticipé. 


Cette campagne se parcourt avec plaisir, même si la difficulté arrive en fin d’acte et c’est ce qui est le plus rageant. Car on passe tout le reste haut la main et on se retrouve bloqué… On regrettera donc que la mécanique de leveling soit centrée sur les armes et les enneracts et non sur le personnage. Car voyez-vous, l’aléatoire aura une grande place sur la difficulté du jeu, comme Diablo 3 en son temps. J’ai été en échec devant le dernier boss de l’acte 1, à cause d’un loot d’arme déficient depuis le départ. Il a donc fallu que je fasse demi-tour et refasse les anciens niveaux pour trouver un marchand ambulant qui me proposa alors une arme unique qui doubla mes dégâts.

Autant vous dire que le boss fut alors une simple visite de courtoisie et que la difficulté était biaisée. Outre ce défaut, on reprochera aussi cette possibilité que les marchands ont de proposer des objets uniques qui sont abordables financièrement. On rappelle qu’un hack’n slash, c’est la construction du build ultime, mais aussi la joie de trouver dans l’exploration l’objet unique ou légendaire qui boostera votre personnage. Là, il vous est offert sur un plateau, ce qui tue l’intérêt même du jeu.

Mais le vrai seul problème, c’est l’ordinarité du jeu. En fin de compte, au fur et à mesure que l’on avance dans l’aventure, on s’aperçoit que le jeu manque d’une vraie identité, comme je l’avais signalé dans ma preview. Les inquisiteurs sortent de chez Warhammeur 40 000, la roue du destin louche du côté de Path of Exile, l’inventaire et son design, font furieusement penser à Diablo 3. Beaucoup de chosesvous font penser à du plagiat comme l’ambiance très sombre, le background, les orbes de santé ou l’artisanat, les teintures ou encore le melting pot des niveaux de l’acte 1. Le pire est ce boss qui utilise la même technique que le boucher ou encore cette vidéo en début de partie où l’on voit notre personnage dans son apparat d’ange ! A tout instant, si vous connaissez un peu le monde des hack’n slash, vous accuserez Wolcen de copie et c’est bien dommage. 

Il vous faudra entre 15 et 20 heures pour finir cette campagne résolument dantesque. Bien plus, que pouvait l’être Diablo 3 en fin de compte. En finissant la campagne, vous débloquerez le mode construction qui vous permettra de visiter des donjons aléatoires, qui vous permettront de récupérer des matériaux pour reconstruire votre cité et poursuivre l’évolution de votre personnage. Mais pour nous, joueurs solo, nous nous arrêterons là. Peut-être dans un autre article nous vous en reparlerons…. 

Si on fait abstraction de la partie online de Wolcen Lords of Mayhem, le jeu vous proposera une campagne épique très agréable d’une quinzaine d’heures environ dans laquelle vous n’allez pas vous ennuyer un seul instant même si vous êtes seul. On peut dire qu’il tient le haut du panier au niveau de ses qualités visuelles, auditives, techniques et au niveau de son gameplay. Malheureusement, son manque d’identité nuit à sa personnalité. Il ne possède rien de plus que ce que les autres proposent, et même s’il le fait parfois mieux, surtout au niveau du scénario et des graphismes, le choix de sorts sur les armes n’est pas des plus judicieux pour toute la mécanique du jeu. 

Alors, on imagine bien que par la suite, Wolcen Lords of Mayhem va prendre du volume – on sait que deux autres actes sont prévus – Mais pour le moment, cela reste une très jolie aventure, comme l’a été en son temps Diablo 3. Wolcen a beau se targuer de vouloir jouer dans la cour des grands, si au niveau de sa campagne, il peut-être très fier, il a quelques défauts qui ne joue pas en sa faveur.  

+ Une bonne immersion et un bon gameplay.
+ Une campagne rythmée et bourrée de vidéos. 
+ Un mode offline (et ça ce n’est pas rien).
+ Un acte 2 très jouissif et des batailles épiques.
+ Il a tout des grands !

Note RPG 3 sur 5
Note testeur 08 sur 10

– ….mais il ne se distingue pas des ténors existants. Manque d’identité. 
– pas de version française intégrale
– des fautes (!), des erreurs. a croire qu’il a été traduit en français  
– des boss finaux très pénibles.

Administrateur de RPG jeux vidéo. Très vieux Joueur depuis le siècle dernier. Testeur et rédacteur depuis 1999 de RPG, même les pires. Relecteur de traductions de nombreux RPG vidéo. Ancien président de RPGFrance, et ancien rédacteur de Dagon's Lair.
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