Thymesia

Note Auteur
06/10
Note RPG
06/10

Euripide disait « il n’est pas de gloire plus haute pour les enfants d’un homme vertueux, que d’égaler les vertus paternelles ». Quand le père s’appelle modestement From Software, nombreux ont été les fils à chercher, avec plus ou moins de réussite, cette quête de gloire dans le giron de ce que l’on nomme désormais les souls-like. Thymesia fait partie de cette panoplie en nous proposant un univers axé autour de l’alchimie. Néanmoins, si la recette est intéressante, le précipité final a tendance à nous laisser sur notre faim.

Cours, esquive, meurs


Je ne vous ferais certainement pas l’affront de vous présenter ni From Software, ni le décollage de son succès vidéoludique à compter de Dark Souls (j’en entends certains dévaler les marches quatre à quatre en hurlant que non, l’origine c’est Demon’s souls, mais je maintiens mes positions tel un roseau en pleine tempête). Pour ceux qui sortent d’une cryogénisation avancée, un souls-like pourrait se définir comme un RPG disposant premièrement d’une évolution de la difficulté assez féroce dans un univers généralement sombre car peuplé d’abominations et deuxièmement d’une couche de gameplay suffisamment variée et équilibrée pour vous permettre de triompher de cette typologie d’univers malgré les souffrances que cela va représenter. Thymesia, l’enfant du petit Overborder Studio, fait honneur au premier choix : vous êtes dès le début, plongé dans une ambiance où vous comprenez rapidement que l’alchimie a eu des effets aussi dévastateurs sur le royaume qu’une bombe atomique sur Hiroshima.

Vous incarnez Corvus, avatar au masque d’inspiration vénitienne, semblant sortir tout droit de la direction artistique de Bloodborne tant les ressemblances sont frappantes. Armé d’un simple cimeterre, la recherche de souvenirs perdus deviendra rapidement le fil rouge de votre aventure puisque de façon presque sempiternelle, l’amnésie est à nouveau ici un point d’orgue mis en exergue.

Thymesia 001

Mais ça alors, nous sommes amnésique, en voilà une nouveauté narrative …


L’inspiration aux souls est ici complètement assumée : vous disposerez d’un hub vous permettant d’accéder aux différents niveaux du jeu (à l’instar de Majula dans Dark Souls II), un système de feu de camp permettant de restaurer vie et respawn des monstres, des gains en « âmes » pour la montée en niveau et j’en passe. Thymesia n’a pas honte de son inspiration, et cela n’est pas forcément un défaut en soit. En effet, bien d’autres titres à succès ne se sont pas camouflés parfois d’un repompage à l’identique des mécaniques souliennes.

Cependant, si sur le papier une reprise de ce genre de mécaniques peut apparaître moins complexe que de démarrer « from scratch », un souls-like doit soit reprendre des paramètres quasi à l’identique afin de satisfaire tout amateur de fouet vidéoludique, soit proposer quelques innovations lui permettant de conserver un minimum d’identité et garantir un succès tant espéré. Or Thymesia, s’il accouche d’éléments intéressants, ne semble pas pousser suffisamment loin cette quête d’approfondissement de jeu qui lui octroierait un intérêt véritable à pousser l’expérience de jeu dans ses retranchements.

Un gameplay d’une efficacité brouillonne


Souhaiter être un souls, ce n’est pas seulement incorporer à mon sens des barres de vie, magie et/ou endurance, mais c’est surtout proposer un gameplay à l’équilibre permettant au joueur de s’en sortir sous réserve de le maîtriser tout en conservant une difficulté suffisamment corsée pour en retirer un véritable sentiment de satisfaction. Thymesia vous propose une première idée intéressante, à savoir une dualité dans le fait d’infliger des dégâts. En effet, si vos attaques à l’épée infligeront des dégâts sur une barre de vie superficielle d’un ennemi, cette dernière se régénérera petit à petit si vous ne persévérez pas dans les assauts contre sa barre de vie véritable. Nous sommes donc ici davantage face à un gameplay à la sauce Sekiro en lieu et place d’un souls-like plus traditionnel : il n’y a aucun loot en termes d’équipement et les combats se veulent beaucoup plus agressifs.


Seconde idée intéressante : la possibilité, via l’utilisation des griffes de Corvus, de subtiliser les armes des ennemis en les transformant en armes « pestiférées ». La diversité de gameplay apportée par cette feature est intéressante, d’autant que le volume d’arsenal disponible est suffisant. Malheureusement, l’unicité du mouvement de chaque arme ainsi que leur usage limité ne permet pas d’en faire une usine à combos, pourtant tellement recherchée par les amateurs du genre.

Thymesia 002

Et c’est parti pour le showww !

Et là, on va faire une pause deux minutes : vous offrez des combats d’une vivacité digne des plus belles lices à la rapière ? Fort bien, MAIS à la condition que ces derniers ne tombent pas dans un mélange de spams de touches de clavier couplé à un espoir de chance que les combos fassent mouche.

Manque de alambic alchimique pot, Thymesia semble tomber dans cette tare.

Non, le gameplay n’est pas raté : il est aussi sanglant qu’un steak à la cuisson bleue et une certaine jouissance s’emparera de vous lorsque vous aurez réussi à enchaîner plusieurs mobs d’affilée sans perdre le moindre iota de santé. Néanmoins, lorsqu’on le compare à la concurrence, Thymesia souffre malheureusement d’un manque cruel de précision dans le gameplay pouvant le faire prétendre à un véritable Sekiro-like. Certes, les combats sont vifs, mais cette vivacité est rapidement contrecarrée par une absence globale de précision dans le gameplay. C’est dommage, puisqu’en l’absence intégrale de loots, la jouabilité n’arrive pas à elle seule à retenir le joueur impatient. Voici ici peut-être l’un des artefacts les plus complexes à coder : soit intégrer une dimension d’équipement obtenable, et ainsi devoir se payer de longues heures de travail afin d’incrémenter des statistiques propres à chaque équipement, soit faire le choix comme Thymesia d’incrémenter un loot unique, mais rester dans un objectif de gameplay de niche tellement précis que la moindre erreur pourrait rapidement détourner l’attention du joueur.

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Les amateurs d’andouillettes seront toujours aussi ravis

Le résultat est mitigé : on sent que les développeurs ont fait le maximum concernant cette partie. Néanmoins, on est loin d’une précision suffisante de gameplay permettant à un joueur de s’adonner en boucle à des lices mémorables. En outre, si on peut aisément tenter de pardonner plus facilement certaines erreurs à des petits studios s’attaquant au développement de titres complexes, l’analyse du résultat reste malheureusement sans appel.

Progression et direction artistique passablement réussies


Thymesia assume sans complexe, voire sans aucune vergogne sa caractéristique de symbiote au genre des souls : votre progression suppose de collecter des âmes fragments de souvenirs, la direction artistique est sombre et violente puisqu’un royaume vient de succomber au dépassement de la ligne rouge dans la pratique alchimique. En soit, il est courant que les souls-like reprennent ce genre de mécanismes, car comme disait mamie, c’est bien dans les vieux chaudrons qu’on fait la meilleure potion (avec les jeunes carottes, dixit Zemymy).

Néanmoins, pour pouvoir créer une fiole d’Estus réussie, il est de bon aloi de ne pas oublier d’incrémenter des fonctionnalités permettant à Thymesia de lui donner une identité propre lui permettant de ne pas sombrer dans un trou noir où règne une singularité générique. Et là encore, le résultat est mitigé : oui, le cahier des charges abominations + ambiance dark + difficulté pimentée est respecté. Cependant, malgré certains efforts notables du studio taïwanais d’incrémenter les célèbres raccourcis au sein du level-design, la dimension couloir est bien trop omniprésente pour laisser place à un sentiment réussi d’exploration et de découverte.

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La direction artistique et le level-design sont tout juste corrects

En effet, votre progression au sein du jeu se réalisera via un hub central vous permettant de choisir des typologies de niveaux, certains présentant des possibilités de réalisation de missions secondaires dans des décors précédemment visités. Le résultat est passable, voire tiède : même si un lore tente de nous montrer un fil rouge dans la progression, les transitions brutes de décoffrage entre des univers pas franchement cohérents ont tendance à nous perdre plutôt qu’à nous motiver à explorer et à en apprendre davantage. C’est d’autant plus frustrant puisque l’absence d’équipements lootables ainsi que de consommables réellement intéressants ne sont pas de la partie.

Et le lore, s’il a le mérite d’exister, ne vous fera pas pour autant particulièrement vibrer. Vous incarnez le dernier espoir du royaume, Corvus, ayant pour finalité duale de retrouver la mémoire et débarrasser le monde des abominations qui y règnent. Mouais, autant dire que j’ai lu des tabloïds ayant davantage d’inspiration que la soupe de vu, déjà vu et par-pitié-on-n’en-peut-plus-de-ce-genre-de-scénario !

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« La colline des philosophes », si seulement c’était vrai

Après, tout n’est clairement pas à jeter. Par exemple, les combats contre les boss, du fait de leur (parfois extrême) vivacité vous procureront des sensations très intéressantes, allant jusqu’au fameux sentiment de satiété d’avoir enfin triomphé d’une chimère particulièrement retors. Rien que cette dimension justifierait l’achat, à prix raisonnable, de Thymesia pour les joueurs en manque de substance soulsienne. Par contre, ne comptez pas trop sur la durée de vie du titre pour tenter de voir une lumière d’une clarté différente de l’ambiance qui y règne depuis le début : une bonne dizaine d’heures (voire davantage si vous êtes perfectionniste) pourra être suffisante afin d’en venir à bout. Si cette notion est très subjective puisque dépendante quand même pas mal de votre profil de joueur (et notamment si vous avez ou non précédemment jouer à Sekiro), il n’empêche que Thymesia ne brillera pas particulièrement par la proposition d’une aventure longue et riche en rebondissements.

Que dire ? Thymesia est l’enfant d’un petit développeur ayant une certaine ambition, mais dont les mélanges alchimiques n’arrivant pas à un juste équilibre, accouche tout juste d’un petit jeu. Loin d’être qualifiable d’un étron vidéoludique, Thymesia trouvera certainement son public chez certains fans hardcore du genre en période de disette soulsienne.

La présence de boss techniques ainsi que la vivacité du soft le sauve d’une déception sur tous les plans. Cependant, le manque d’équilibre global et d’identité propre à Thymesia ne lui permettent pas de se hisser à la hauteur des ténors du genre. Dommage, puisque le travail réalisé reste, mine de rien, de bonne facture pour un studio s’essayant à un genre particulièrement complexe.

Note RPG 3 sur 5
Note testeur 06 sur 10
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