Après notre test du premier opus de Dragon’s dogma qui est un genre assez « nichesque » dans le RPG, Capcom nous a récemment gratifié du second volet. Et les suites, c’est toujours assez casse-gueule, surtout quand on tente d’ouvrir son soft au-delà de la fan-base, mine de rien assez réduite du jeu originel. Une chose reste sûre et certaine : Capcom n’a pas oublié sa recette et a produit un titre fidèle aux arcanes du premier. Malheureusement, la recette vieille de plus de douze ans n’a pas subi la modernisation nécessaire lui permettant de se classer parmi les incontournables de cette année.
Je préfère être transparent dès le commencement : je fais partie de ceux qui apprécient la recette Dragon’s dogma. Pourquoi ? Comment ? J’avoue que la réponse n’est pas aisée. Ce soft mélange plusieurs styles assez uniques pour en faire un résultat complètement atypique. D’ailleurs, c’était le résultat apparemment souhaité par son créateur Hideaki Itsuno : faire un RPG solo doté de cette dimension aventuresque particulière et surtout unique via, notamment, son système de pions.

Et toute cette bouillie saugrenue, non seulement je la commande sans vergogne au restaurant, mais je me suis littéralement lécher les babines à la perspective de déguster sa « suite ». Les guillemets étant ici pour souligner le fait que Dragon’s Dogma II n’est pas la continuité chronologique du premier, mais une nouvelle pérégrination dans ce fameux cycle entre insurgé et dragon. D’entrée de jeu, j’avais (presque) noté la date sur le calendrier afin de m’atteler immédiatement à cette nouvelle boucle.
Problème : la sortie sur PC fut ratée.
L’année 2012 demande qu’on lui rende ses FPS
Oui, ratée, il n’y a pas d’autres mots. Ou du moins, ratée si vous ne possédez pas les derniers Ryzen ou Intel de génération 13 ou 14 (oui oui, je vous regarde avec insistance les gueux du fond qui se la racontent avec leurs i9). On reviendra sur ce point, mais effectivement Dragon’s Dogma II est (très) joli. Et comme nombre de jeux parés d’une joliesse incommensurable, usant de tous les charmes de son moteur graphique pour afficher des textures d’une finesse pouvant faire rougir une rapière, un questionnement récurrent chez tous les joueurs, « cyclique » pour rester dans notre dogme draconique, fait rapidement son apparition.
Quid de l’optimisation ?
Concernant votre carte graphique, je tiens d’emblée à rassurer ceux qui s’attendent à se prendre de plein fouet un défaut de performances lié à l’absence de possession d’une RTX 4000 & consorts : Dragon’s dogma II utilise plutôt bien votre GPU et, sous réserve de l’installer sur un SSD, vous pourrez profiter de textures très chouettes. A ce titre, il est à noter que le moteur de jeu optimisé aux petits oignons pour 2024 a été déjà utilisé par Capcom pour, notamment, le dernier Monster Hunter Rise. La qualité graphique ainsi que l’emplacement de caméra ne laisse guère de doute sur une telle utilisation, et c’est tant mieux vu le résultat donné à l’écran.
Maaaaiiiisss les graphismes c’est bien, et la stabilité c’est encore mieux. Pour ceux n’ayant pas touché (ou lu le test) du premier opus, il faut savoir que Dragon’s Dogma II réutilise son fameux système de pions. Entendez ici l’invocation d’humanoïdes très semblables à des humains / léonins tout en ne leur accordant pas ce statut.
Et les pions, dans Dragon’s Dogma II, vont mettre à genoux dans certaines zones votre processeur.

C’est littéral : à l’approche de chaque ville (heureusement faible en nombres) où un volume non négligeable de pions se balade, vous pourrez par moment presque diviser vos images par seconde sauf si vous êtes un petit chanceux qui dispose des processeurs les plus récents.
Et Capcom dégusta alors le courroux des joueurs, courroux incarné par une avalanche de pouces rougeâtres en notation Steam. Un peu penauds, les développeurs ont bien essayé de communiquer en promettant qu’ils travailleraient sur des patchs ultérieurs, mais la confiance c’est comme un matelas : quand c’est tâché, c’est parfois dur de revenir à la propreté d’antan.
Rappelons-nous de la release de Diablo III ayant pêché par manque de serveurs et obligeant une connexion online : sortie gâchée. Remémorons nous le même problème rencontré à la sortie de Lost Ark vous ayant obligé à patienter des heures dans les queues avant de rejoindre le serveur : sortie gâchée. Ayons une pensée affectueuse pour Cyberpunk 2077 qui incarna presque à lui seul à sa release le sentiment de déception d’un joueur s’attendant à pouvoir profiter d’une optimisation convenable : sortie gâchée également.
Ah, et j’oubliais de mentionner les DLC proposés dès la release pour vous permettre d’acquérir de l’équipement et des consommables que vous pourrez obtenir en jouant normalement dans ce jeu intégralement solo. L’intérêt est donc égal au zéro le plus absolu, d’autant que les prix proposés sont franchement prohibitifs. Attention Capcom : si le manque d’optimisation technique n’est pas en soit une tare éternelle, l’avarice est bel et bien reconnue depuis des siècles comme l’un des sept péchés capitaux.
Bref, je ne vais pas m’étendre en vaines élucubrations : Dragon’s Dogma II a foiré sa sortie sur PC à tel point que je me demande si la release a été précédée de l’intervention de bêta testeurs tant le manque d’optimisation est flagrant. Mais noter un jeu, c’est le noter dans son intégralité et ne pas se contenter de rejoindre les wagons furieux du train du review bombing. Certes fâché de ne pouvoir me balader en ville avec une fluidité convenable, j’ai néanmoins tenu jusqu’à la fin. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’en ressors avec un sentiment mitigé.
Bienvenue dans le cycle du dogme draconique
Je préfère rassurer d’entrée certains éventuels puristes qui liraient ces lignes : vous avez aimé Dragon’s Dogma 1 ? Vous irez jusqu’au bout du deuxième.
Car non, le jeu n’est clairement pas mauvais si vous avez des atomes crochus avec la licence. Dès le départ, vous incarnez à nouveau votre héros insurgé chéri qui, contrairement au premier volet, apprend rapidement qu’à la capitale il existerait un autre insurgé. Mince alors ! Vous avez payé près de soixante euros histoire de pouvoir contrôler des pions, et l’idée que vous ne soyez plus l’unique de l’unique vous force à prendre votre bâton de pèlerin pour voir de vos propres yeux de quoi il en retourne.
Qui dit insurgé, dit forcément amnésie (cliché vidéoludique obligeant). Rapidement, vous rencontrerez une jolie damoiselle qui vous apprendra que votre cœur a fait l’objet d’un rapt par un dragon colossal, reptile que les fans reconnaîtront immédiatement. Tel est le fameux démarrage de la boucle : la subtilisation du cœur de l’insurgé par le dragon obligeant notre héros à partir en quête jusqu’à l’affrontement final avec ce dernier pour voir qui en sortira vainqueur, et ainsi recommencer un nouveau cycle. Pas de surprise donc sur la partie scénaristique, même s’il est à noter que les cinématiques sont chouettes et nous régalent les yeux, Capcom prouvant qu’il conserve une certaine maîtrise dans le domaine.

Rapidement, Dragon’s Dogma II vous invitera à choisir dès le départ l’une des classes du sempiternel triptyque Guerrier / Mage / Rôdeur afin de pouvoir commencer à construire votre avatar à votre image. Je ne vais volontairement pas revenir sur tout le système de jeu de Dragon’s Dogma puisque je l’avais préalablement détaillé dans le test du premier volet. Je vous invite donc, si cela vous intéresse, à le consulter en cliquant ici.
Néanmoins, force est de constater que quasiment rien n’a ici évolué par rapport au premier. Seul le gain de points de compétences ne semble plus automatiquement attribué à une montée de niveau rattachée à telle ou telle classe jouée. Je n’ai honnêtement pas d’avis sur le sujet : certains puristes pourront râler contre l’impossibilité de « théorycrafter » des personnages jusqu’au level max, d’autres s’en moqueront grandement comme votre serviteur.
Par contre, là où Capcom nous régale, c’est dans l’éditeur de personnages s’appliquant tant à votre avatar qu’à votre pion principal que vous allez rapidement créer. Et l’éditeur en question, c’est quelque chose : vous pourrez littéralement créer de A à Z un humain ou léonin en modifiant absolument presque toutes ses caractéristiques physiques et biologiques. Excellent point sur ce sujet, en espérant même que cet éditeur soit repris par la suite tant il est poussé.

Avatar créé ? Check. Pion créé ? Check. Classes choisies pour vos deux protagonistes ? Check. Dès lors, place à tout le reste et, surtout, à la découverte du monde ouvert qui ne manquera pas de séduire les joueurs attachés à son exploration.
Un monde ouvert réussi mais pas exploité jusqu’à son plein potentiel
Dès votre départ, vous allez certainement ressentir un sentiment dual d’excitation lors de vos premiers pas vers l’inconnu. Dans un premier temps, le moteur graphique de Dragon’s Dogma II est fidèle à ce que l’on peut attendre d’un soft sorti en 2024. Les effets visuels sont impeccables et les décors sont modélisés avec des palettes de couleurs variées et très agréables à l’œil. On pourrait cependant, lors des phases de déplacement à proprement parler, regretter l’incorporation d’une bande-sonore permettant de déguster à plein potentiel la dimension contemplative d’un tel titre qui s’y accorderait pourtant très bien. Certes certaines musiques au demeurant de bon aloi sont déclenchées lors de l’arrivée dans des villes, mais elles restent localisées au sein de ces dernières. Dommage, mais faisons fi : le monde ouvert de Dragon’s Dogma II est très séduisant tant par sa beauté que par sa construction invitant à y poser sa truffe dans les moindres recoins.
Oui, la recette Dragon’s Dogma n’a ici pas évolué d’un iota puisque des coffres sont à nouveau disséminés un peu partout avec à la clef la satisfaction de découvrir un équipement unique. Capcom a ici eu la bonne idée de construire un level-design encore plus vertical que le premier opus, à tel point que la majorité de mes décès sont principalement liés à des chutes, plutôt qu’à des monstres (mais je reviendrais sur ce point ultérieurement).

La distance d’affichage est également un point clef de votre exploration, puisque prendre de la hauteur sera généralement synonyme d’identification de lieux d’intérêts dans lesquels, vous vous direz, il y a forcément quelque chose d’intéressant à trouver. Honnêtement, j’ai rarement été déçu sur le sujet puisque, oui, vous serez généralement récompensés dans votre cartographie par des consommables, ou, encore mieux, du loot à équiper.
Néanmoins, et je tenais à le souligner, j’ai été témoin une unique fois de la rencontre fortuite avec un mur invisible lors de mon aventure en escaladant un obstacle. Certes, l’unicité de cette rencontre ne permet pas d’en faire un élément perturbateur à votre exploration, mais je reste quand même extrêmement intrigué par une telle découverte, notamment dans un soft sorti en 2024.

Bref, le monde ouvert de Dragon’s Dogma II tiendra certainement en haleine le joueur curieux pendant autant de temps que le déroulé des différentes quêtes du jeu. Et, point notable dans un jeu récent, le système de jeu vous permet de vous agripper à n’importe quelle surface sans que votre avancée ne soit gênée parce que les développeurs estiment que vous ne seriez pas sensés être à un tel endroit. Merci, Capcom d’avoir maintenu un tel système parfois encore trop rare et trop inexploité dans nos jeux récents. Un monde ouvert réussi, c’est un monde que l’on arpente en profondeur et parfois pas seulement dans les chemins créés à cet effet. Ici, et ce jusqu’à la fin de votre aventure, vous pourrez généralement vous balader assez librement sur les axes X et Y ce qui est, en soit, un petit plaisir de randonneur.
J’ai même eu parfois un sentiment assez confus à l’exploration de ce monde qui, pour synthétiser, est découpé en deux grandes zones, dont celle de fin à la taille plus restreinte. D’une, les deux zones principales sont très différentes dans leur ambiance, la première étant ancrée dans un climat très tempéré avec une ambiance médiévale poussée, tandis que l’autre vous fait humer des saveurs exotiques dans une ambiance désertique à souhait. Je dois bien avouer que les biomes de Monster Hunter se sont affichés dans mon esprit, en espérant d’ailleurs que Capcom reprenne parfois la grandeur de certains décors pour nous les proposer prochainement dans cette série.

Au delà des quelques instants « wahou » que vous aurez lors de ces nouvelles découvertes, le monde ouvert reste malheureusement assez avare en disparités d’environnements. Vous en aurez tout au plus trois différents à votre disposition. Si en soit, ce n’est pas gênant ni constitutif d’un défaut littéral du jeu, Dragon’s Dogma II peut être accusé ici de pêcher d’ambition. Après tout, le jeu est entièrement solo et, tel que souhaité par son créateur, a pour but ultime de faire vivre une aventure sans pareil.
Certes, la dimension aventurière est mise en exergue via l’absence complète de prise en main ou de conseil donné au joueur, Dragon’s Dogma II lui donnant seulement les compétences lui permettant de découvrir lui-même ce monde et ses richesses. Néanmoins, contrairement à un Death Stranding donnant une véritable dimension au voyage et à l’aventure réalisée par notre avatar via, notamment, les multiples environnements traversés donnant cette impression de très long voyage parcouru, j’ai l’impression que cette volonté des développeurs s’est arrêtée à mi-chemin. Là encore, dommage : le jeu a posé une base solide en la matière, mais n’a pas su l’approfondir pour en faire un véritable fer de lance du genre.
J’évoquais Death Stranding, car bizarrement, il m’est arrivé de ressentir, de façon certes très épisodique, vu les nombreux combats annulant la dimension contemplative, à certains endroits cette même sensation. A nouveau, et j’insiste, les décors et le level-design de Dragon’s Dogma II sont de toute beauté. Et rien que ça, c’est un énorme point positif : les assets des roches sont sublimes et invitent en majesté à les arpenter.

Et c’est peut-être paradoxalement sur ce terrain que Capcom peut éventuellement décevoir puisque tous les ingrédients formant la base d’un monde ouvert solide et réussi sont maîtrisés. Et à ce moment tout s’arrête. En effet, les grottes et endroits annexes sont très majoritairement sans intérêts et apportent peu de surprises, hormis certains loots et de (très rares) monstres spécifiques à pourfendre pour nous octroyer de précieux matériaux qui nous serviront à améliorer notre équipement. Le paradoxe d’un RPG, mais qui fait également partie intégrante de sa réussite, c’est de pouvoir proposer un contenu annexe aussi quantitatif et surtout qualitatif que le contenu principal. Or, Dragon’s Dogma II peut tout à fait proposer de découvrir certains endroits surprenants ou de réaliser certaines rencontres mémorables. Malheureusement, ces derniers se comptent tout au plus sur les doigts d’une main et laissent un sentiment désagréable d’insatiété.

Voilà peut-être l’un des éléments constitutif du fossé séparant Dragon’s Dogma II d’un jeu sympa d’une anthologie vidéoludique : un manque de contenu annexe paradoxalement couplé à une exploration mise en exergue et satisfaisante. Et c’est d’autant plus frustrant que Capcom prouve qu’ils réussissent à maîtriser les quelques scènes ou moments facultatifs que peut vivre le joueur dans de telles situations. Quel dommage.
Mais malheureusement Dragon’s Dogma II a, au-delà d’une absence dommageable de contenu annexe sérieux, souffert d’une tare vidéoludique majeure : l’absence quasi totale de modernisation de son contenu.
Une boucle cyclique presque symbole de paresse
Oui, « paresse », carrément. Certains pourront se dire que le rédacteur était mal réveillé au moment d’écrire ses lignes tant l’acidité semble venir directement de l’estomac. D’emblée, je vous confirme que j’ai très bien dormi malgré les heures nocturnes passées à arpenter Dragon’s Dogma II, et effectivement cette sensation de flemme généralisée des développeurs m’a surpris à plusieurs moments.
Premier sujet fâcheux : le bestiaire. Il faut reconnaître que dans le premier opus, le bestiaire était tout au plus satisfaisant avec, notamment lors du end-game, la présence des mêmes monstres en version « über » pour voir jusqu’à quel niveau nous pouvions survivre. Dans Dragon’s Dogma II, non seulement le bestiaire est quasiment identique au jeu originel, mais en plus les nouveautés sont tellement rachitiques qu’elles en font presque pitié. L’hydre de Dragon’s Dogma 1 est morte, vive … ben vive rien en fait, car très sincèrement je n’ai pas croisé l’ombre d’un nouveau monstre majeur au tableau. Certes, on retrouvera nos célèbres griffons, cyclopes et dracs ayant fait le succès du premier opus, mais Dragon’s Dogma II pêche ici grandement par manque de nouveautés.
Il en est de même pour les petits mobs, où vous allez grosso merdo croiser majoritairement des gobelins, le jour, et des squelettes / morts-vivants, la nuit (avec quelques harpies tourbillonnant par moment dans les airs). Et … c’est globalement tout : pas de monstres uniques ou particuliers, pas d’évènements spéciaux, pas de zones spécifiques à la présence de tels ou tels mobs particulièrement retords. Mouais, autant vous prévenir que je vous conseille dès le départ de vous équiper d’un arsenal de feu, les gobelins y étant particulièrement sensibles. Et vu leur nombre, vous allez gagner un temps conséquent à les pulvériser via ce biais.

Donc pour dresser un premier tableau, Dragon’s Dogma II propose un contenu quasiment strictement identique en termes de bestiaire (et même de scénario, je n’en dis pas plus) par rapport au premier volet. Bon, ça jette un froid quand même hein ? Je sais pas Capcom, vous éditez et développez les Monster Hunter depuis belle lurette et vous sembliez avoir compris que l’intérêt de tels titres résidait, entre autres, dans la variété de gameplay offerte aux joueurs. Apparemment, Dragon’s Dogma II ne devait pas rentrer dans les exigences d’un tel cahier des charges.
J’évoque justement le gameplay qui m’amène aux classes et compétences de personnages. Certes, je suis obligé de mentionner quelques nouvelles venues en la matière, notamment le chevalier-mage qui d’ailleurs est très intéressant à usiter puisqu’il est la résultante d’un équilibre subtil entre force et magie. Pour le reste … c’est à peu près la même chose que le jeu de base. Toutes les classes, basiques comme avancées, sont presque strictement identiques en termes de jouabilité et de compétences. Là encore, si le premier volet avait au moins pour lui son innovation réelle en la matière sur tous les éléments de jeu, Dragon’s Dogma II laisse une sensation très prégnante de « déjà vu » qui est parfois assez dérangeante.
Après, fort heureusement, le loot est complètement différent et permet, dès le départ, de vous adonner à jouer un voleur de façon entièrement renouvelée par rapport au premier. Ah, ben non en fait. Là encore, l’équipement proposé a une drôle d’odeur de recyclé et sent presque le parfum du plastique fondu d’un plat industriel ayant été micro-ondé à l’excès. Je ne peux objectivement pas oublier de mentionner l’ajout d’exclusivités à cette suite, comme par exemple les campements dans lesquels vous pourrez manger pour avoir un bonus temporaire sur les statistiques de votre équipe et pouvoir vous reposer en passant le cycle jour / nuit. Autant dire que cet ajout est entièrement mineur, et s’il reste tout à fait sympathique il ne constituera certainement pas une ancre de gameplay venant justifier un océan d’éloges à l’égard du jeu.

Ainsi, on retrouve (quasiment) les mêmes monstres, qu’ils soient grands ou petits, les mêmes équipements, les mêmes classes et les mêmes compétences … Navré, mais ça commence à faire beaucoup. Nonobstant une mise en condition mentale où j’eusse pû comprendre que les fans hardcores du premier volet n’y verraient absolument aucun inconvénient et passeraient outre, cette dimension reste bien trop omniprésente pour que je la balaye d’un revers de la main. Dragon’s Dogma II sent de façon tellement outrancière le repompage « Ctrl C Ctrl V » du premier volet que je me demande presque à qui cette suite est véritablement destinée. Toujours est-il qu’un tel manque d’innovations et de prise de risque n’est, à mon sens, clairement pas à la hauteur de ce que pourrait devenir le potentiel d’une telle licence, et encore moins pour devenir un éventuel GOTY pour cette année.
Des quêtes et une progression de jeu appartenant au passé
Si j’ai plutôt bien accueilli Dragon’s Dogma 1 à l’époque, c’était surtout en essayant de souligner les grandes qualités qu’il proposait en 2012 en faisant fi de problématiques malheureusement maintenues persistantes dans ce volet, à commencer par le système de quêtes.
Pourquoi Baldur’s Gate III est-il devenu à lui seul l’olympe des rôlistes de l’année dernière ? Au-delà de l’avalanche de travail réalisée, c’est notamment et surtout via son système de quêtes aux multiples embranchements et dotées d’animations permettant d’insuffler une vie réelle aux personnages du monde, le rendant encore et toujours plus immersif et vivant. Dans Dragon’s Dogma II, Capcom reste malheureusement enfermé dans un système daté de plus d’une décennie. En effet, vous n’aurez que certaines animations basiques et lignes de dialogues faisant la transition de l’avancement des quêtes sans qu’aucun autre élément n’y apporte de la profondeur … alors que tout le bestiaire du jeu superbement animé aurait pu être un puits d’inspiration majeure en la matière.
Il en va de même sur les situations parfois complètement absurdes, où un PNJ pourra vous demander de ramasser des cristaux tombés littéralement à environ trois mètres de lui. Je pourrais également vous citer le maintien d’une discussion avec un PNJ pendant qu’un garde vous enfonce une claymore dans le fondement. Bref, inutile de s’étendre davantage pour ne pas tirer sur l’ambulance : Dragon’s Dogma II n’a pas réussi à transformer le défaut d’autrefois en qualité éventuelle, accentuant ainsi presque cette tare vu à quelle point elle appartient au passé.

Et le passé rattrape malheureusement Dragon’s Dogma II jusque dans ses mécaniques de jeu. L’affrontement épique avec un griffon risque parfois de se solder brutalement en dépit silencieux de toute votre équipe lorsque vous constaterez que ce dernier a eu l’excellente idée de réaliser un plongeon dans l’eau habitée par le kraken, et donc symbole de mort immédiate. Néanmoins, vos pions semblent également apprécier la natation car il m’est arrivé parfois des situations grotesques ou vos alliés réussissent l’exploit de réaliser un suicide aquatique et collectif. Là encore, certains pourront passer outre, d’autres rigoleront même carrément en ne retenant que le caractère loufoque de la situation. Mais cette dimension ne peut amener à un élément pourtant constitutif de nombre de jeux de rôle, à savoir une immersion minimale et notamment requise dans nos temps modernes. Exit donc l’immersion, place à la seule jouabilité du gameplay et à l’exploration.
Enfin, si certaines quêtes peuvent être plutôt agréables, elles restent globalement grossières dans leur construction et leurs mécaniques, puisque appartenant à l’année 2012. Exit certains deus ex machina intéressants, exit certaines fins potentiellement alternatives liées au sort de certains PNJ, place à la fatalité froide et lisse d’un scénario linéaire souffrant d’un âge du jurassique.

En somme, non, je n’ai pas été particulièrement enchanté par le travail scénaristique et narratif réalisé dans Dragon’s Dogma II. Et c’est d’autant plus frustrant que Capcom prouve à la fin du jeu qu’il possède quand même les qualités pour réaliser de belles histoires et des situations agrémentées de cinématiques parfois impressionnantes. Je suis peut être devenu un trop vieux con joueur qui peut sembler être à la recherche d’éléments toujours plus rares dans une quête éternelle d’un RPG « parfait ». Cependant, si une recette marche à un moment T dans une frise chronologique, aucune équation existante ne saurait garantir le maintien d’un tel succès dans le temps, et c’est encore plus vrai dans l’univers vidéoludique.
Quant à la progression de jeu, je l’ai trouvé globalement plus aisée que celle du premier opus. En effet, l’absence de diversité du bestiaire fait rapidement comprendre quelles sont les stratégies à déployer pour en venir rapidement à bout. De plus, si certaines classes peuvent être un peu retords à utiliser, d’autres sont honnêtement bien trop déséquilibrées en terme de puissance et ce même contre les ennemis les plus dangereux du end-game. Je pense notamment à l’archer-mage qui, en plus d’être une classe jouée à distance, peut réaliser des dégâts cosmiques en un temps record avec certaines compétences se payant le luxe d’être autoguidées. Néanmoins, la jouabilité des différentes classes reste dans la veine très sympa des action-RPG dynamiques et proposant plein d’effets visuels impressionnants à l’écran … parfois tellement impressionnants qu’ils peuvent être qualifiés de brouillons.

Et c’est peut-être là un paradoxe identifiable chez Dragon’s Dogma II : devenir presque accroc de continuer votre aventure en dépit de tous les éléments négatifs précédemment identifiés. La dynamique du gameplay permet de passer outre la répétitivité du bestiaire, la recherche de loots et l’exploration permet de mettre les quêtes au second plan et cette quête éternelle de puissance reste plutôt satisfaisante pour ceux qui arrivent à y trouver leur compte jusqu’à la fin du jeu.
Et le end game, sans trop en dire, ne décevra ni n’étonnera personne. Il reste dans la dure veine de ce qu’a proposé, là encore, Dragon’s Dogma par le passé. En prenant mon temps dans l’exploration du monde tout en maintenant mon expérience de jeu jusqu’à la « vraie » fin de Dragon’s Dogma II, vous pourrez tout de même compter une soixantaine d’heures ce qui n’est pas avare pour un jeu de rôle. Néanmoins, le joueur n’ayant aucune appétence à l’exploration pourra progresser potentiellement beaucoup plus rapidement, d’autant que certains éléments de Dragon’s Dogma II peuvent être complètement passés à côté si on n’y porte pas un minimum d’attention.
Dragon’s Dogma II n’est pas un mauvais jeu, c’est indéniable. Doté d’une parure graphique somptueuse et d’un monde ouvert invitant fortement à une exploration généreuse, le jeu respecte en cela son objectif de vouloir à tout prix vous faire vivre une aventure unique. En outre, le respect total des mécaniques ayant fait le succès du premier opus légitimera son accession au rang de suite officielle et acceptée par les fans de ce genre d’action-RPG atypique.
Néanmoins, entre ce que Dragon’s Dogma 2II propose et ce qu’il aurait pu devenir, il y a un gouffre. Certes, avec des « si » on peut mettre Gran Soren en bouteille, mais l’absence globale de modernisation du titre et la conservation de mécaniques aujourd’hui inadaptées marquera le dogme draconique du sceau de l’inachèvement lui empêchant d’atteindre le Graal rôliste tant espéré.
Dragon’s Dogma 2II clôture donc une boucle en se maintenant dans un cycle semblant infini car ne pouvant se défaire tant des qualités que des affres de l’opus originel. Capcom rate malheureusement le coche de l’excellence en ne se contentant que d’une retranscription partiellement réussie de mécaniques vidéoludiques qui, pour certaines, auraient du rester enterrées dans le passé.




Merci Ystrall pour ce test très bien écrit, qui explique bien pourquoi, comme le premier, je ne pourrai pas me lancer dans cette aventure.
Triste de ne pas trouver un RPG sorti en ce moment avec vue à la première/troisième personne et gestion d’un unique perso. C’est la disette en ce moment. Soit c’est du cRPG, soit du action-RPG…
Salut Archiviste, effectivement le soft, malgré son ouverture totalement grand public, reste du dragon’s dogma pur jus avec son lot d’inconvénients.
Et pour la disette actuelle, je suis actuellement en train, tel Gandalf dans sa bibliothèque, de chercher des perles rares pour vous les proposer 🙂
En tout cas ils ont réussis à le rendre plus accessible car ils se vends très bien. Connaissant Capcom vous pouvez être sur qu’il y aura un troisième opus.
Hello Cosmopotte, oui clairement les ventes de Dragon’s Dogma 2 sont fortes. Là dessus je doute que Capcom fasse une mauvaise rentabilité.
Pour un 3ème opus? Je demande à voir, mais pourquoi pas
Merci pour le test. En résumé pour moi (je n’ai pas encore testé le jeu à cause de tout ce qui va suivre), le jeu semble frustrant. Garder une formule vieille de plus de dix ans en restant orgueilleux et persuadé qu’on a réalisé un titre moderne et intéressant (cf les déclarations de Istuno), c’est passer à côté de la plaque de l’industrie et de là où elle se trouve en ce moment. Surtout que sortir un DD2 pareil après avoir réalisé DMC5 (un exemple de modernité avec une vieille formule pour le coup !), c’est un coup dans l’eau.
J’ai beaucoup hésité et hésite beaucoup à tester ce DD2, mais j’ai vraiment l’impression qu’il me laissera un goût amer en bouche pour tout ce qu’il aurait pu et même aurait dû être en étant une grosse production de 2024 vendue 65 balles et passant après des mastodontes comme Witcher 3, BG3 et même Monster Hunter World et Rise, vu que l’ADN de la licence Dragon’s Dogma emprunte beaucoup à cette autre licence.
Salut Vincent, je te le confirme : oui, le jeu est volontairement frustrant via, comme tu le soulignes, la conservation de mécaniques archaïques.