Après Galaxy Squad en 2019, le développeur russe indépendant Kazakov Oleg s’est lancé le défi de créer un RPG en monde ouvert. Après 3,5 ans de développement et 2,5 ans d’accès anticipé, Gedonia est arrivé sur les étals en octobre 2022. On peut donc se poser la question de la réussite de ce challenge. Au delà de la réponse que l’on va pouvoir vous apporter, on pourra aussi s’interroger si un tel produit peut rivaliser avec les ténors du marché réalisés souvent par des équipes de centaines, voire de milliers de développeurs ! Allez, partons à l’aventure.
Gedonia, me voilà !
Gedonia vous propose de créer votre personnage avant tout. Tout d’abord physiquement : le choix du sexe, de votre tête, de vos cheveux …. Puis on assigne des points à ses statistiques de base. C’est là où on détermine ce que le héros pourra accomplir. Si votre personnage n’a pas assez d’intelligence, il ne pourra pas faire de crafting, ni de magie. Si votre magicien manque de force, il sera limité au niveau poids et combat au corps à corps. Sans charisme, le personnage ne pourra pas avoir de compagnons. Les statistiques de base peuvent également influencer d’autres aspects de l’aventure, comme les équipements qu’il pourra porter ou encore les actions et les dialogues que votre personnage pourra tenir dans certaines quêtes.
Ensuite, vous choisissez des compétences que vous ferez évoluer durant la partie et les arbres de compétences sont un élément clé. Le jeu en comporte 19, offrant une large variété d’options pour personnaliser le personnage selon vos souhaits. En plus du combat au corps à corps et à distance, la magie et le crafting sont également disponibles.
Dans Gedonia, il n’y a pas de classe à proprement parler. Vous pourrez, à chaque montée de niveau, répartir vos points à loisir. Ainsi, si vous vous spécialisez en archerie, vos points vous permettront de débloquer des compétences actives et passives qui vous permettront de faire des actions particulières.


Ce système me fait penser à celui de Grim Dawn que j’apprécie particulièrement. On trouve aussi des catégories considérées comme secondaires, comme l’artisanat, la cuisine, l’alchimie …. En fin de compte, il y en a vraiment pour tous les goûts.
Le monde de Gedonia inclut aussi différentes factions, 8 pour être précis, que vous pouvez rejoindre dès le début du jeu. Chacune propose une série de quêtes avec des récompenses spéciales sous forme d’équipements puissants. Cependant, tuer des membres importants d’une faction peut interdire l’accès à celle-ci. De plus, rejoindre certaines factions peut limiter l’accès à d’autres, comme la guilde des guerriers n’acceptant pas les bandits, et la guilde des magiciens et l’église interdisant les nécromanciens. Il faut noter que tous les arbres de compétences sont accessibles, mais certaines factions peuvent être plus adaptées à l’évolution du personnage, car un guerrier pur ne bénéficiera pas de la guilde des mages et de ses récompenses.
Il est possible de changer de compétences dans le jeu, mais seuls les guerriers spécialisés dans l’alchimie peuvent le faire en préparant une potion. On peut aussi obtenir ce service par un PNJ ou en achetant la potion. Il reste le modding, accessible lui aussi dans le menu du jeu.
En tout cas, comme vous l’aurez compris, la phase de création est très importante, et on sent le fort potentiel de rejouabilité, même si le monde reste le même.


Gedonia, on y va !
Avant tout, sachez que Gedonia, c’est du low poly, à l’instar d’Aron’s Adventure, ce qui pourra être rédhibitoire pour certains d’entre vous. Personnellement j’adore, même si à force, tous les jeux low poly commencent à se ressembler. Ca a l’avantage de tourner facilement sur les machines récentes et sur celles un peu plus anciennes. Contrairement à son homologue plutôt confiné à un univers restreint, Gedonia comprend un grand monde. Très grand ! Avec plusieurs régions découpées par niveau, comprises dans un royaume. Autrement dit, l’acquisition du cheval dès le départ de l’aventure ne sera pas de trop, même si on trouve des téléporteurs ici et là.
Gedonia est un RPG ouvert qui offre une expérience classique : le joueur crée un personnage et explore un monde ouvert rempli de donjons, certains comprenant des combats de boss ardus et des mécanismes d’énigmes complexes. De plus, le monde offre de nombreux trésors à découvrir dans des cavernes ou autres.
On trouve une multitude de quêtes qui nous guident à travers une bonne partie du jeu. Celles-ci peuvent être résolues de différentes manières et selon les points d’attributs de base ou les compétences du personnage, le joueur dispose de plus ou moins d’options. Le charisme permet de faire tourner en bourrique les PNJ qui vous auraient attaqué, et la force permet d’intimider, pour ne donner que quelques exemples. Bien sûr, l’option Frapper est aussi une solution gagnante, parce que souvent les dialogues simples se résolvent la plupart du temps à la force du poignet.
Malheureusement ce monde ouvert, même s’il permet aussi moult activités comme, entre autres, miner, bucheronner, cuisiner, chasser, valider des challenges… et bien sûr se confronter à une faune diverse, apparaît trop grand justement et manque de consistance. En clair, il vous faudra voyager de longues secondes avant de découvrir de nouvelles interactions, ce qui rend le rythme lent dans notre avancée et dans notre évolution.
Autre point qui m’a dérangé, c’est tout simplement l’obligation de monter de niveaux pour pouvoir suivre la campagne principale. En effet, votre avatar, envahi de rêves troublants, part à l’aventure et suit sa quête. Mais dès les premières étapes de votre mission, vous serez bloqués par votre niveau, car on vous empêche de poursuivre l’aventure si vous n’avez pas atteint le niveau adéquat pour poursuivre. Notez quand même que par la suite, lorsque vous aurez atteint un haut niveau, ces limitations disparaîtront.
On a donc des zones assez grandes avec des missions cantonnées et surtout un paysage lunaire. J’entends par là que la végétation manque et on se croirait dans de grandes zones désertiques ou herbeuses avec ici et là quelques arbres, arbrisseaux, rochers,… On aurait aimer un peu plus de densité végétale pour se sentir dans une forêt quand apparaît une région logiquement forestière. N’aurait-il pas été plus judicieux que de diminuer la tailler du monde pour éviter ce problème.
On en déduira donc une première réponse à notre introduction : un unique homme ne peut pas réussir à rivaliser avec une centaine qui passeront beaucoup plus de temps sur le lore.


Gedonia, branle-bas de combat !
S’il y a de l’exploration et une histoire à suivre, on a aussi beaucoup de combats. Ceux-ci sont bien rendus et selon l’orientation de votre personnage, les techniques seront différentes. La faune offre aussi des combats épiques surtout contre des boss toujours cachés dans des endroits mysterieux ou des grottes, et les récompenses nombreuses, même si on en aimerait plus. Les loots sont plutôt pauvres, l’argent manque et en tant qu’archer, je me suis vu souvent contraint de me téléporter dans le village de départ pour récupérer des munitions, parce que les marchands des villages suivant n’en avaient pas.
Chaque créature a des techniques précises, et une attaque particulière qui affiche en rouge une zone d’effet. Il vous suffit de vous écarter de cette dernière, en roulant ou en courant, en économisant au maximum votre énergie, pour ensuite attaquer. Les touches raccourcis vous permettent de placer vos capacités spéciales et vos fioles, et vous pouvez switcher entre deux ensembles d’armes. L’équipement aussi est complet et vous récupèrerez divers qualités de rareté. On peut dire que ce RPG répond au cahier des charges et vous offrira, au bas mot, une bonne trentaine d’heures de jeux avec quelques défis, face à certains boss, mais aussi puzzles/plateformes.
Le degré de difficulté peut être ajusté grâce à deux curseurs (dommages infligés aux joueurs et aux ennemis), mais même avec le réglage le plus faible, les ennemis causent toujours assez de dommages pour que les coups directs sans l’équipement adéquat vous fassent perdre une grande partie de la barre de vie ou causent votre mort, surtout à la fin du jeu. La réactivité et la coordination du joueur sont donc les clés de son succès au combat, comme c’est souvent le cas dans les jeux d’action.
Créé à partir du moteur Unity, je remarque encore une fois que les créatures ont bien du mal avec les reliefs. En effet, il vous suffit de vous percher sur un rocher pour que vos adversaires restent bloquer en dessous et vous pourrez ainsi en profiter pour les achever sans grande difficulté.


Gedonia, en veux-tu, en voilà !
Et quand on a fini la campagne principale qui se montre assez classique en fait, qu’est ce qu’on fait ? Eh bien, on pourra se tourner vers un donjon aléatoire pour apprendre à survivre le plus longtemps possible jusqu’au niveau 120, ou encore survivre dans une arène jusqu’au niveau 70. Cela nécessite la création d’un héros supplémentaire, mais permet de tester immédiatement ses compétences et sa puissance. Autrement dit, la durée de vie du jeu, même si on pourrait lui reprocher d’augmenter artificiellement avec ces deux modes, peut se compter en plus de cent heures… si vous avez la patience de tout faire.
Rajoutez à cela, le modding, avec possibilité de mettre en pratique ses propres créations, sachant que l’option est intégrée dans le menu. Quêtes, objets, aventures, tout est intégré avec des tutoriels pour vous aider à les rajouter dans le monde de Gedonia. Franchement, il y a de quoi faire.


Gedonia, la berezina ?
Kazakov Oleg a fait les choses en grand avec des cut-scènes qui apportent une bonne immersion à l’histoire avec même des doublages pour les scènes les plus importantes. Et c’est un jeu indépendant !
Le jeu a une bonne bande-son, mais de mon point de vue, elle n’est pas mémorable. Les commandes se font avec la souris et le clavier. Il subsiste encore des bugs de collision (ha la la ce Unity et ses reliefs), et d’autres plus gênants : cheval qui se bloque, qui n’apparaît plus, personnage qui n’arrête pas de faire des roulades au lieu de courir, ou encore traverser le sol et tomber dans le vide. Mais cela arrive très rarement et une relance de la dernière sauvegarde jeu règlera les problèmes.
En parlant de cela, on regrettera que le système de sauvegarde ne permet pas de sauvegarder sur une partie déjà existante et vous oblige au bout d’un certain temps à faire du ménage manuellement dans votre dossier « sauvegarde » tellement elles s’empilent.
A côté de cela, on pourrait aussi parler des habitations dans lesquelles on peut rentrer, de l’option pour afficher ou non les lieux de quêtes, de la météo, des compagnons, du respawn des ennemis, de grandes villes, de la possibilité de dormir ou encore de voler, mais il faut bien clore le sujet car sinon on pourrait facilement y passer des heures. C’est dire le potentiel du jeu surtout quand on regarde la carte du monde et son unique région développée : Gedonia.
Enfin, à notre grand regret, il n’y a pas de traduction française : Cela ne vous empêchera pas de comprendre l’histoire facilement, car le niveau de langage n’est pas soutenu – je rappelle que le développeur est russe-, mais quand même. Pour la petite anecdote, j’ai proposé au développeur de m’en occuper et il m’a répondu que c’était envisageable, mais depuis, plus de nouvelles.



Si je trouve Gedonia bien plus riche rôlistiquement qu’Aron adventure, l’univers est trop vide, trop grand, et du coup, propose un rythme lent. Attention, cela ne veut pas dire qu’il est mauvais, mais la création d’un univers aussi grand par une seule personne en seulement 6 ans, nuit à son contenu. Il n’est pas parfait, mais dans l’ensemble, c’est un bon RPG en monde ouvert, qui offre en plus de la rejouabilité, et vu son prix, on aurait tort de s’en priver.
Il s’appuie sur des bases solides qui permettront à n’importe quel joueur qui ne craint pas le low poly de passer un bon moment pendant au minimum une trentaine d’heures … Dans tous les cas, je suis persuadé que le modding intégré au jeu permettra aux mordus de la communauté de créer ce qui lui manque pour être un grand RPG. On en reparle dans quelques années …
+ Des bases solides.
+ Un monde gigantesque.
+ Des cutscènes doublées pour un jeu indépendant.
+ Une liberté de résolution des situations.
+ Modding, arène, donjon, campagne..
+ Création du personnage primordial et bien fait qui offre de la rejouabilité.
– En anglais ou russe uniquement
– Beaucoup d‘espace et un rythme d’aventure lent.
– Des bugs encore présents.




Dommage qu’il ne soit pas traduit, sur un RPG ce n’est pas facile pour moi.
Mais avec le Workshop il devrait y avoir pas mal d’ajouts communautaires en effet.
Merci pour le test.
De rien. l’anglais n’est pas trop poussé non plus, c’est un russe le développeur.