Sur des kilomètres à la ronde, des champs arides s’étendent. Ici et là, quelques déformations de terrain viennent complexifier la topographie, là une faille dans le sol, ici une petite colline aux formes torturées, et quelques buissons aux feuillages creusés verdissent un sol à l’herbe sèche.
Soudain, un cri se fait entendre, une chute, un effondrement. Ce cri, de plus en plus audible, se fait boucan lorsqu’enfin, une ombre surgissant des cieux s’affale sur le sol.
Rien a craqué, fort heureusement pour le malheureux bonhomme qui vient de faire le sprint entre le domaine du Seigneur tout puissant et notre monde de chair et d’os. D’ailleurs, ses os se rappellent à lui lorsqu’il soulève sa carcasse dont l’arthrose commence à raidir les articulations.
Killpower regarde autour de lui, et clairement, il ne s’attendait pas à rejoindre pareil terrain -enfin, il ne s’attendait même pas à choir des cieux d’ailleurs- il tient dans sa main une souris, et l’autre est encore coincée en position de taper sur un clavier.
Alors qu’il cligne des yeux pour essayer de piger ne serait-ce que l’ombre du sens de ce bordel, il entend à l’autre bout de la gigantesque plaine, les sons étouffés d’une cavalcade.
Se tournant en direction du bruit, la souris toujours logée au creux de sa main, il grimace en distinguant la silhouette montant le fier destrier galopant vers lui.
Killpower peste. Il peste de tout son être en voyant le cavalier s’approchant, secouant d’une main un fauchon qu’il a probablement arraché à un ennemi, et de l’autre, faisant des grands signes à l’attention de l’homme venant de choir des cieux. Ce crétin congénital à dos de cheval, c’est Marcheur, évidemment, forcément, fatalement, délibérément, harnacheusement, concrètement…
… stop, tout ça n’a déjà plus de sens, n’en retirons pas.
Séant, le cavalier s’arrête à proximité de Killpower, qui soupire profondément avant de s’adresser au rédacteur, fier et propre comme un sou neuf dans une armure trop lustrée pour ne pas être le fruit d’un achat à un vendeur d’une des grandes cités qui animent le monde de Mount and Blade II : Bannerlord.
Oui, parce que tout ce laïus, est bien là pour introduire une nouvelle critique de ce fameux crétin congénital qui rédige d’ailleurs ces lignes :
« Putain Marcheur, j’ai mis quelques secondes à comprendre que c’était toi, vraiment, tu t’améliores.
— Ah ! Je suis le plus grand guerroyeur que les jeux de Taleworlds ont pu abriter !
— Permets moi d’en douter.
— Fais bien, manant ! Dans ce texte en tout cas, je ne souffrerai d’aucune comparaison ! Sans streamer et sans ami à qui me comparer, je suis et demeure le plus grand cavalier de cette partie de l’univers vidéo-ludique !
— Mais concrètement, qu’est-ce qu’on fout là ? Demande Killpower, regardant les alentours désolés.
— Bah, c’est le temps de chargement qui s’achève ! »
Le rédacteur en chef doute, fronce les sourcils, ne comprenant où veut en venir le cavalier. Puis, il finit par voir jaillir du néant, une rangée de cavaliers enturbannés à quelques centaines de mètres de là, face à eux.
Stressé, il va chercher du regard un couvert, et se rend compte que derrière Marcheur, vient d’apparaître une force cinq à six fois plus importantes que l’équipée ennemie. Lorsque Killpower voit s’allumer dans les yeux du cavalier l’éclat de folie qu’il lui connaît bien, il sait déjà qu’il va se retrouver au milieu d’une boucherie.
Dieu garde Killpower et Marcheur de la bataille à venir, et dieu bénisse Mount and Blade II : Bannerlord !
« CHAAAAAAARGEEEEEEEEEEEEEEEZ !!!… »
… Eeeeeet salut à tous, les enfants ! Cela fait longtemps ! Quoi, un mois depuis le DLC de SteelRising ? Mon céant devait récupérer de cette triste saillie qui m’a laissé quelque peu énervé, pour ne pas dire carrément courroucé envers nos amis Parisiens. Le temps que mes muqueuses récupèrent, j’ai eu le temps de finir un paquet de jeux dont je ne pourrais parler dans ces colonnes : Somerville, Vampire Survivors, Sonic Frontiers… Sympathiques que fussent ces enfantillages, mais guère de rapport avec le sujet du jour !
Avez-vous quelques appétences pour la période médiévale ? Vous savez, celle où l’on maquillait la guerre sous des valeurs pour justifier meurtres, massacres, pillages et viols ? Merveilleuse époque de l’humanité où un esprit Machiavélien sévissait dans chacun des Seigneurs, où les hommes traduisaient “nécessité fait loi” par “Honorons notre dieu par le bain du sang de nos ennemis !” le tout avec la bénédiction des religieux ? époque bénie où les velléités belliqueuses et testostéronés des hommes aspirants à l’ascèse pouvaient s’exprimer dans des batailles rangées organisées par leurs seigneurs respectifs.
Un âge glorieux pour l’homme, sillon fertile pour la fiction guerrière, et Mount and Blade II : Bannerlord a même décidé d’être plus que cela : il veut être le creuset de votre histoire.
Pour la petite présentation : Mount and Blade c’est un bac à sable médiéval qui vous offre la possibilité de démarrer comme le dernier des pégus pour finir Seigneur d’un territoire, à gérer la paysannerie de vos terres et l’agressivité de vos voisins. La gueusaillerie dont vous êtes issu, vous finirez par la diriger, et faire en sorte qu’elle vous rapporte, que ces saletés de pauvres soient un tant soit peu rentables au lieu d’avoir des revendications déplacées. Sérieusement : la seule personne de droit divin dans ce pays, c’est moi, vous, vous servez Dieu, donc moi.
Vous trouvez ça arbitraire ? Moi pas du tout. C’est dans l’ordre naturel des choses. J’ai commencé ma vie en gérant trois pelés et quatre tondus, à les former à devenir efficients face d’abord à des troupes de bandits d’une dizaine d’individus avant de lentement mais sûrement, faire grossir ma réputation au point d’être convoqué par les grandes pontes des terres.
Je vais pas vous raconter de salade : au début je faisais pas le fier avec mon cheval aux chicots moisis et à la musculature fragile. J’étais d’ailleurs pas forcément en meilleure condition : j’avais pour moi mon calot ridicule, une épée émoussée et quelques victuailles pour nourrir mes hommes, mais à la force du poignet, la découverte de l’arc, et de nombreuses rixes -toutes victorieuses- (merci la sauvegarde avant chaque combat d’ailleurs !) j’ai fini par devenir un vrai général, pouvant lever des légions afin de dominer le monde.
J’ai aussi eu l’opportunité de briller dans les tournois, afin de recevoir des récompenses et m’entraîner au maniements d’armes multiples : lance, masse d’arme, épée, arc, bouclier… tout y est passé, j’en passe et des meilleurs ! J’ai appris à contrer les stratégies d’ennemis que je dois admettre souvent limitées, mais souvent aussi en surnombre, de quoi apprendre à toujours prioriser son placement plutôt que la force brute. Une intelligence individuelle que j’ai appliquée à mes formations de bataille, afin d’être toujours dans les meilleures conditions pour remporter la victoire !
Et après la victoire venait mécaniquement le pillage. Tout y passait, les bottes, les calots, les épées, les flèches, les couteaux, les denrées, les deniers… Tout ça pour ma pomme, à revendre, à manger, à réutiliser, je suis le plus grand écolo du monde : vous avez un truc qui ne sert plus à votre carcasse fumante ? Je vous en débarrasse et lui trouve un meilleur usage !
Ainsi, accomplissant batailles et tâches ingrates données par les chefs de villages et de cités (tâches répétitives et souvent corolaires en termes d’enjeux, comme s’ils avaient tous les mêmes problèmes, curieux ça…) j’ai fini par devenir un grand seigneur !
Cette épopée n’est bien sûr pas sans heurts ! Déjà, admettons que les Terres de Calradia ne sont pas les plus fringantes que j’ai pu fouler. Certes, certes, les Royaumes de Mount and Blade ont connu des jours plus sombres sur le plan esthétique, mais cette seconde itération s’inscrivant dans ma longue geste vidéo-ludique n’est guère comparable aux magnifiques The Witcher 3, Cyberpunk et autres mastodontes.
En parlant de choses massives (et je me garderais bien ici d’évoquer mes parties génitales !) Les batailles que vous pourrez mener dans cet opus peuvent prendre une ampleur jusque-là jamais vue dans le genre. Des centaines de péquenauds et chevaliers peuvent se faire face dans des foires à l’empoignades sanguinaires au-dessus desquelles peuvent pleuvoir des nuages de traits mortels ! Ce bazar guerrier est ici l’opportunité de faire démonstration, et de vos talents de général, mais aussi de cavalerie et de bretteur. Fendre des crânes, enfoncer des thorax, charger l’ennemi avec votre destrier (et non des arbres comme mon premier canasson avait coutume de le faire, paix à sa nuque brisée sur un pin !) Ce capharnaüm souffre cela dit d’évidents soucis de lisibilité et s’avère à la longue, comme toute bataille que l’on mène, particulièrement répétitif et pénible.
Cela dit, avant que vous n’arriviez à ce seuil de pénibilité, vous aurez probablement écumé bien des terres, conquis, persuadé, convaincu, fait du commerce et donné la mort à moult vermines qui ne méritaient que votre mépris et la tranche de votre lame. Un autre aspect saisissant de cette geste, c’est la richesse de ce qu’elle propose en termes de progression de votre statut social par des moyens divers : diplomatie, archerie, commerce… il n’y a pas que des combats à mort dans Mount and Blade II : Bannerlord, mais aussi de nombreuses, très nombreuses joutes verbales !
La gouaille des manants n’est cela dit pas forcément à la hauteur de ce que l’on serait en droit d’attendre d’un jeu récent, mais tout ceci est relativement fonctionnel et crédible. Le crédit est d’ailleurs ce qui permettra à maintenir le plus longtemps possible l’impression que cette vaste campagne finalement peu scénarisée, n’est pas qu’un gigantesque bac à sable de conquête et de gestion déguisé en aventure.
Car, Pèlerin, si tu pénètres les terres de Calradia, sache que ce n’est pas pour vivre des moments de narrations forts, mais bien pour faire vibrer les cordes les plus primitives de ton être. Si tu foules ces terres, c’est pour vaincre et conquérir, jouir des possessions des autres après les avoir défaits, et tailler ta place dans l’échelle sociale. Les grands buts et rêves n’ont leur place ici que dans l’aspiration à dominer son prochain, tout ce qui aura trait aux relations humaines et développement de personnage sera relégué à ce que tu voudras bien projeter dans cette geste épique. Mount and Blade II : Bannerlord encourage et supporte le jeu de rôle, mais est surtout concentré sur sa dimension mécanique et statistique.
Il ne faudra donc s’attendre qu’à un gigantesque terrain de jeu dans un écrin relativement frugal. Musiques et répliques y sont rares et souvent répétitives, ainsi que les lieux que tu exploreras. Pas de quoi chagriner les plus hardis qui n’y verront qu’un monde à explorer puis conquérir, mais ceux ayant besoin d’une aspiration plus intime et émotionnelle ne pourront qu’être peinés de voir le peu de considération que Bannerlord a pour eux.
Est-ce un défaut ? Loin de là, Mount and Blade II : Bannerlord, riche bac à sable médiéval est la quintessence du genre qu’il a lui-même créé. Monde vaste, rempli d’endroits à visiter, de personnages à rencontrer, de marchandises à troquer et de manants à occirent, Mount and Blade II remplit son cahier des charges avec passion et panache. Que personne ne s’y trompe : il n’est ni là pour raconter une histoire, ni là pour vous proposer des moments de grâce par sa narration. Il est par contre là pour vous offrir des batailles d’ampleurs non scriptées, dans lesquelles il sera possible de faire briller de multiples talents que vous développerez au long cours et exploiter des équipements durement acquis.
Il vous faudra des dizaines d’heures pour le dompter, mais Mount and Blade II est un destrier fougueux et endurant, capable de combler vos rêves de domination médiévale de longs mois et années durant. Probablement l’un des jeux les plus importants de son époque, il ne pourra que séduire, car les ombres au tableau, bien qu’existantes, pèsent peu sur son triomphe.
La vision de Beurky :
on tourne vite en rond, peu de dimension RPG à part choisir sous quel bannière on va tenter d’étendre son influence. Il reste néanmoins le coté grisant des batailles où l’on va tenter de rester en vie. Au début, on équipe des compagnons enrôlés dans des auberges, on recrute une belle bande de salauds qui s’améliorera au fil des victoires et on poutre du manant, on embroche du gueux, on déglingue tout ce qui se présente à nous jusqu’au moment où l’on tombe sur un adversaire plus balèze que nous, qui nous fait comprendre ce que guerroyer veut dire. Le jeu reste difficile et pourra générer de la frustration. Le commerce n’est pas déplaisant, on peut forger ses armes (ce qui ramènera beaucoup d’or dans les caisses), gérer un château et même se marier ! Par contre ne rêvez pas, les interactions sociales sont vraiment très limitées et c’est la raison pour laquelle je dis NON.
La vision de Killpower :
Tout comme le premier, Mount and Blade II : Bannerlord est un jeu un peu à part dans lequel on peut exprimer le mégalomane qui sommeille en nous : de quidam inconnu vous deviendrez un puissant roi. Ce second opus reprend les codes du premier et l’améliore visuellement, mais aussi dans sa joubalitié sans pour autant le complexifier. La prise en main est tout aussi bonne, et la phase d’accès anticipé lui a permis de maturer à point. Il en ressort une seconde mouture plus aboutie que la première, et qui, à n’en point douter, perdurera une décennie avec son multijoueur et sa modabilité. Nul doute que les DLC vont pleuvoir tout comme les mods, à l’image des flèches sur le champs de bataille toujours aussi immersif. Il n’empêche que si l’élève surpasse le maître, il manque toutefois d’innovations majeures et la partie narration manque de rôleplay, même si la campagne vous embarque pour une ascension vers le Saint Graal !
09/10




Merci pour ce test plein de déconnades et d’informations sur ce jeu que j’ai exploré maintenant. 👍
Encore du grand Marcheur ! Quelle prose ! Merci pour ce test en tous cas, tellement plaisant à lire qu’il donne fort envie de se faire sa propre opinion du jeu.
Merci beaucoup ! J’ai probablement un peu trop taffer la forme plutôt que le fond, mais le but était de convoyer plutôt le sentiment que le jeu m’a inspiré plutôt que le jeu en lui-même.
Dommage qu’il soit assez austère niveau contenu, pas très joli, et manque sans doute de ce supplément de narration qui le ferait percer auprès du grand public, mais il fait tellement bien ce qu’on lui demande que j’ai préféré appuyé là dessus. A l’assaut !